(Introduction, de Peter Sellers, p. 1-6)
Toute l'histoire de la fiction policière, avec ses
millions de livres et leurs milliards de mots, a commencé
avec une unique nouvelle. « Double assassinat dans la rue
Morgue », d'Edgar Allan Poe, a introduit quelques-unes
des plus vénérables institutions du genre, en particulier
le détective à la vaste intelligence et aux pouvoirs
de raisonnement quasi surnaturels. Un autre nouvelliste légendaire,
Arthur Conan Doyle, a continué à bâtir à
partir des fondations établies par Poe, en les développant,
dans ses récits mettant en scène Sherlock Holmes.
Au Canada, des auteurs de mystères et autres histoires
policières comme Grant Allen, Robert Barr et Harvey O'Higgins
ont oeuvré principalement dans le cadre de la nouvelle,
à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
Plus tard, des auteurs canadiens comme H. Bedford Jones, Frank
L. Packard et R.T.M. Scott ont été les principaux
fournisseurs des magazines à bon marché, les pulps.
Puis, après la disparition des pulps, deux auteurs canadiens
de mystères, James Powell et William Bankier, spécialistes
de la nouvelle, ont joui d'un vaste public de lecteurs réguliers ;
ils ont publié tous deux des dizaines de récits,
surtout dans les pages du Ellery Queen Mystery Magazine.
Leur carrière bat toujours son plein aujourd'hui.
Avec quelques exceptions, cependant, dans les années plus
récentes, les auteurs qui ont obtenu le plus d'attention
dans le domaine de la fiction policière ne sont pas des
nouvellistes mais des romanciers. Pendant les années 80,
au Canada, Howard Engel a envoyé son héros, Benny
Cooperman, arpenter les rues dangereuses de Grantham (alias St.
Catharines, en Ontario). Ted Wool a installé son ancien
policier torontois, Reid Bennett, dans la petite ville résidentielle
et campagnarde de Murphy's Harbour. Et Eric Wright a créé
Charlie Salter, qui a donné un visage humain à
la police de Toronto.
Il y en a eu d'autres pour apporter leur contribution au cours
de ces années. Le roman The Old Dick de L. A. Morse
a gagné le prix Edgar couronnant la meilleure oeuvre originale
en édition de poche en 1981. John Reeves a lancé
une série de quatre romans tournant autour de deux policiers
torontois, Coggins et Sump, avec une enquête sur un meurtre
à la CBC. William Deverell, en 1979, comme Tim Wynne-Jones
en 1981, ont gagné le prix Seal du meilleur premier roman
policier (avec sa bourse de 50 000 $), le premier avec un thriller,
Needles, et le second avec Odd's End, un suspense
psychologique. Et l'on s'est mis à produire de la fiction
policière dans tout le pays lorsque des auteurs comme
L. R. Wright, Gail Bowen et Laurence Gough ont introduit le meurtre
respectivement sur la côte ensoleillée de la Colombie-Britannique,
dans les Prairies et à Vancouver.
Cette expansion soudaine et rapide du mystère et du policier
a amené la création de l'Association canadienne
des auteurs de fiction policière en 1983 (Crime Writers
of Canada, ou CWC), une organisation nationale constituée
pour soutenir les écrivains professionnels qui oeuvrent
dans ce genre. C'est Derrick Murdoch qui a été
l'inspiration et le principal moteur de la CWC. Longtemps critique
de mystères et de policiers au Globe & Mail,
il était hautement respecté pour ses commentaires
aimables et perspicaces sur le genre. C'était aussi un
auteur estimé de livres d'essais, incluant un ouvrage
lauréat du prix Edgar, The Agatha Christie Mystery,
et un livre sur des Canadiens qui ont disparu dans des circonstances
mystérieuses, Disappearances.
L'une des premières décisions importantes de la
CWC fut de créer un prix annuel qui récompenserait
les meilleures productions dans le domaine de la fiction policière,
du mystère ou du thriller par des auteurs canadiens. Ainsi
naquit le prix Arthur-Ellis, ainsi nommé en l'honneur
douteux d'un bourreau canadien longtemps en service un
homme dont le zèle n'avait d'égal que son manque
relatif de délicatesse. Le premier prix Arthur-Ellis fut
décerné en 1984. C'est un prix unique parmi les
prix littéraires. Hommage supplémentaire à
son homonyme, le prix lui-même a été conçu
comme une potence d'environ quarante centimètres de haut
posée sur un socle auquel est apposée la plaque
portant le nom du récipiendaire. Au gibet est attachée
une forme humaine au sexe indéterminé, noeud coulant
autour du cou. Bras et jambes sont articulés aux épaules,
aux hanches et aux genoux, grâce à des chevilles
de bois. Enfin, une corde pend dans le dos de cette figurine.
Si on tire sur la corde, bras et jambes remuent de bas en haut
comme ceux d'un jouet d'enfant. La cérémonie de
remise du prix elle-même est passée à la
fiction dans un récit écrit par un gagnant du prix,
Edward D. Hoch, « Le Déplaisant Incident au
Club des Arts et Lettres », publié en 1992
dans le programme de la cérémonie et présenté
ici en guise d'introduction.
En 1984, il n'y avait qu'une seule catégorie pour le trophée
qui serait bientôt fort convoité : « Meilleur
Roman ». Le premier Arthur alla à Eric Wright
pour son ouvrage qui fit date, The Night the Gods Smiled,
lequel présentait Charlie Salter à un public ravi
(Eric a gagné un deuxième Arthur-Ellis du meilleur
roman deux ans plus tard pour la troisième livraison des
aventures de Salter, Death in the Old Country ; et
deux fois encore pour la meilleure nouvelle, ce qui fit de lui
le champion en titre). Parmi les finalistes de 1986 une
liste incluant des romans de Maurice Gagnon, Anthony Hyde, John
Reeves, Eric Wright et L. R. Wright se trouvait un
essai, A Canadian Tragedy, l'enquête fascinante
de Maggie Siggins sur le fameux meurtre de Thatcher, en Saskatchewan.
Cet ouvrage fut honoré d'un Arthur spécial, qui
ouvrait la voie à une catégorie autonome de prix
couronnant les essais. On ajouta la catégorie « Meilleur
premier roman » en 1987 et, un an plus tard, la catégorie
« Meilleure nouvelle », nourrie par la
publication du premier volume de la série de collectifs
Cold Blood.
En effet, avant la publication de Cold Blood : Murder in Canada,
il n'existait pas ici de marché régulier pour la
nouvelle policière inédite. On avait publié
quelques anthologies, incluant Fingerprints, en 1984,
un recueil d'auteurs de la CWC, mais les auteurs ne pouvaient
soumettre leurs textes nulle part de façon régulière.
Cold Blood changea tout cela en inspirant bientôt
plusieurs autres recueils, publiant des rééditions,
des inédits, ou une combinaison des deux. Avec les textes
parus dans le premier volume de Cold Blood, outre les
récits publiés aussi bien dans Ellery Queen
Mystery Magazine que dans Alfred Hitchcock Mystery Magazine,
il y avait assez de mises en nomination pour établir une
autre catégorie de prix. Avec une symétrie satisfaisante,
le texte d'Eric Wright, « À la recherche d'un
homme honnête » (publié dans Cold
Blood), captura le premier prix Arthur-Ellis pour la Meilleure
Nouvelle. La statuette d'Eric était accompagnée
d'une bourse de belle taille, 1500 $ offerts par Douwe Egberts,
les fabricants du tabac pour pipe Amphora.
Lors d'une rencontre avec le président de Douwe Egberts,
David Salem, on avait présenté un dossier élaboré
soulignant la longue relation qu'entretenaient la fiction policière
et les fumeurs de pipe. Conan Doyle avec Sherlock Holmes, Georges
Simenon avec son Inspecteur Maigret, Frederic Dannay et Manfred
B. Lee qui écrivaient sous le nom d'Ellery Queen, Raymond
Chandler, John D. MacDonald... la liste des écrivains
de mystères et des détectives fictionnels qui fument
la pipe n'en finit pas. Malheureusement, les réglementations
gouvernementales ayant changé, Douwe Egberts ne put être
le commanditaire du prix l'année suivante mais la
maison avait permis un excellent départ au prix Arthur-Ellis
de la Meilleure Nouvelle.
La présente anthologie offre une douzaine des textes gagnants
de ce prix. La liste des auteurs est impressionnante dans sa
diversité. On y trouve des auteurs connus pourvus de résumés
bien garnis comme Peter Robinson et Eric Wright (avec ses deux
textes gagnants), ainsi que des étoiles montantes comme
Mary Jane Maffini, Rosemary Aubert et Scott MacKay. On y trouvera
aussi des textes signés de Nancy Kilpatrick, l'un des
principaux auteurs d'horreur au Canada, Josef Skvorecky, l'un
de nos auteurs de littérature générale les
plus respectés, et Robert J. Sawyer, mieux connu pour
sa science-fiction plusieurs fois primée.
Il aura fallu dix-sept ans, depuis la création de la Crime
Writers of Canada, pour élaborer ce recueil, et The
Arthur Ellis Awards présente une compilation d'oeuvres
prouvant la richesse et la solidité de la fiction policière
et du mystère au Canada.
Peter SELLERS
Extrait de « L'Assassin dans la maison », de Jas
R. Petrin, p. 49-54 (Prix Arthur-Ellis 1989)
« Ça va aller, oui, Mamie ? »
Évidemment que ça va aller. Sortez, allez vous
amuser et laissez-moi à la maison avec un assassin !
Assise dans son fauteuil roulant, muette, furieuse, entortillée
dans sa couverture, Mamie regardait sa petite-fille, Gwen, qui
s'affairait, entrait dans la salle de bain, en ressortait, s'habillait,
se parfumait, se maquillait, tandis que son époux, Will,
passait la tête par la fenêtre et appelait, agacé :
« Le moteur est chaud et il tourne, les Arabes s'enrichissent,
on y va, à ce sacré restaurant, ou pas ?
- J'arrive, tu ne peux pas me laisser une minute tranquille ?
J'ai juste à mettre mon manteau et à voir si Mamie
a besoin de quoi que ce soit. »
Gwen s'en vint dans la salle de séjour, d'un pas lourd
qui fit trembler le plancher, et se pencha sur Mamie. Elle était
parfumée comme un congrès de prostituées.
Pourtant, c'était une bonne fille, Gwen, plus prévenante
à l'égard de Mamie que sa soeur Liz ne l'avait
jamais été. Prévenante et attentionnée,
mais pas très fine. C'était une stupide, comme
son mari. Des stupides, tous les deux.
« Mamie, murmura Gwen, on s'en va, maintenant. Tu sais
que je me ferai du souci pour toi pendant tout le temps qu'on
sera partis. On ira peut-être voir un film après
le petit souper, peut-être pas. Je ne sais pas. Mais si
nous rentrons tard, il ne faut pas t'inquiéter. Louie
sera là. Je lui ai fait promettre de se passer du bar
à La Lanterne Rouge, ce soir, de venir tôt
à la maison et de te préparer à manger.
Tu ne seras seule que pendant une heure ou deux. Maintenant dis-moi,
ma chérie, s'il y a autre chose que tu veux avant qu'on
s'en aille. »
Son parfum fit larmoyer Mamie alors que Gwen se penchait pour
observer ses lèvres.
Il y a des tas de choses que je veux, pensa Mamie.
Je veux que tu restes là au lieu de t'en aller en me laissant
toute seule avec cet assassin de Louie, et je veux que Will aille
voir le congélateur que Louie a apporté ici, et
qu'il force la serrure pour l'ouvrir et en sortir ta soeur Liz
qui est gelée bien raide, et qu'il la fasse décongeler
pour l'enterrer comme il faut, et je veux qu'un policier tire
Louie d'ici par la peau du cou, et qu'on le pende haut et court,
jusqu'à ce qu'il soit mort, mort, mort !
Mais quand une embolie vous frappe comme un train en folie, ce
qui était arrivé l'automne précédent
à Mamie, on avait encore bien de la chance de pouvoir
respirer.
Elle sentait les yeux de Gwen fixés sur elle. Dans l'entrée,
dehors, Will faisait ronfler le moteur de la Dodge comme s'il
appartenait à une bande de voleurs prête à
s'enfuir après un coup. Ce qu'il était peut-être.
Prêt à partir pour échapper à Mamie.
Mamie lutta pour que ses lèvres forment les mots.
Assassin, dans la maison ! dit-elle. Regarde... dans le congélateur !
Gwen se redressa avec un rire qui gonfla ses grosses joues. « Oh,
Mamie, ne recommence pas avec ça.
- Ne recommence pas avec quoi ? » C'était Will,
qui passait de nouveau la tête dans la pièce, avec
une bouffée de vent hivernal.
« Je crois qu'elle est repartie avec Louie et le congélateur.
Tu sais comme ça la dérange. Elle pense qu'il y
a le corps de Lizzy Mae là-dedans. Je voudrais bien que
tu le lui fasses ouvrir et qu'on laisse Mamie regarder dedans,
pour la calmer. »
Will émit un long soupir las en roulant les yeux avec
sa meilleure expression Seigneur-donnez-moi-la-force-de-supporter-ça.
« Écoute. Tu sais que j'ai parlé à
Louie, et tu sais que j'ai expliqué tout ça à
Mamie une dizaine de fois. Il garde le congélateur fermé
pour que les gosses que tu gardes n'aillent pas s'y enfermer
pour y suffoquer. Il continue à le faire marcher pour
que ça ne sente pas trop le renfermé. Et elle n'a
pas besoin de regarder dedans de toute façon, parce que,
comme je le lui ai dit une dizaine de fois, Louie et moi, on
a vu Lizzie au centre commercial, je l'ai vue moi-même
de mes propres yeux, en train d'arpenter le Centre Eaton, plus
grande que nature. Alors, si tout ça ne satisfait pas
Mamie, rien ne le fera. On peut y aller maintenant ? »
Les yeux de Gwen lancèrent un soudain éclair agacé.
« J'aimerais bien que tu arrêtes de parler devant
Mamie comme si elle n'était même pas là.
Ça ne ferait pas grand mal à Louie de lui laisser
jeter un coup d'oeil dans le congélateur. »
Elle se pencha de nouveau sur Mamie avec une expression préoccupée :
« Il n'y a pas de quoi t'inquiéter, ma chérie,
tout va bien. Tu verras. »
Elle embrassa le front de Mamie un baiser léger,
pour ne pas endommager son rouge à lèvres.
Mamie aurait tapé du pied de frustration, si elle l'avait
pu. Pas de quoi s'inquiéter !
Tout va bien, hein ? Mais tu n'as pas vu Louie à
genoux à côté de son congélateur,
à y farfouiller en parlant tout bas et en sanglotant.
Tu n'as pas vu ça, hein ?
La laisser toute seule avec un assassin ! S'imaginaient-ils que
Mamie ne devait pas s'inquiéter parce que son chèque
d'assistance sociale se retrouvait intégralement dans
leur poche ? Ni l'un ni l'autre ne s'était jamais
réveillé en pleine nuit avec les yeux écarquillés
comme des caoutchoucs de couvercles de conserve, en sueur, avec
l'envie de hurler, de courir, de se retourner et d'appeler quelqu'un,
seulement capable de rester étendue là dans le
noir, avec son corps refermé sur elle comme une pince
d'acier, et dans la gorge un cri muet.
Un assassin dans la maison !
Être paralysée lui avait appris à avoir peur,
ça, c'était sûr. Une peur comme elle n'en
avait jamais connu de sa vie. La peur du feu. La peur d'être
à la merci d'une personne cruelle comme un
assassin. Et même, crainte toujours présente, la
peur de tomber ! Après l'assassin, c'était
le pire. Même assise tranquillement à la maison
dans son fauteuil la remplissait d'une terreur qui lui donnait
le vertige. Tomber de son fauteuil, c'était une idée
horrifiante. Le cauchemar l'en réveillait toutes les nuits.
Être projetée dans l'espace, au ralenti, comme en
apesanteur, et le plancher qui s'en vient à la rencontre
de votre figure pour vous écraser. Ce vieux cauchemar
enfantin de chute, tomber, tomber et ne pas être capable
de lever un bras pour se protéger. Elle frissonna.
Et maintenant, ils ont invité un assassin à habiter
avec eux.
Louie.
Et son congélateur.
La chaufferie peinait à cause du froid qu'ils avaient
laissé entrer. Elle faisait tourner son ventilateur dans
le coin et craquait de tous ses joints. Mamie regretta de ne
pas avoir pensé à demander à Gwen de monter
le chauffage d'un ou deux degrés. Elle aurait simplement
voulu pouvoir atteindre elle-même le thermostat et le tourner
un bon coup.
Mais il aurait fallu lever le bras pour ce faire, et c'était
à peine si elle pouvait lever un doigt. Elle le fit, pour
toucher la petite manette de contrôle du fauteuil roulant
et le moteur se mit à ronronner pour lui faire traverser
la cuisine à une allure d'escargot. Avant de démarrer,
la machine eut une hésitation ; la manette avait
encore besoin d'être nettoyée. Mamie s'arrêta
tout près du poêle et se laissa baigner dans sa
chaleur.
Ses yeux larmoyaient encore à cause du dégoûtant
parfum que Gwen traînait partout avec elle. Elle battit
des paupières, deux fois, pour s'éclaircir la vue.
C'était vraiment atroce d'être incapable de se frotter
les yeux quand on en avait envie. Elle avait toujours eu une
excellente vision. Elle pouvait lire les lettres chromées
du poêle qui disaient CHAMPION, elle pouvait lire la tranche
du bottin de téléphone sur sa petite table près
de la porte du fond, par la porte entrouverte elle pouvait lire
le mot ARCTIC sur le...
CONGÉLATEUR !
Il était bien visible par la porte entrebâillée,
massif, une épaule anguleuse et blanche dans l'obscurité.
Le congélateur de Louie.
Celui où le corps de Lizzie Mae était enfermé
comme un rôti de porc congelé.
Bon sang, Gwen, tu aurais pu penser au moins à fermer
cette porte avant d'aller t'amuser. Mamie bougea son doigt
pour remettre le moteur en marche et tourner sa chaise de façon
à ne pas voir.
Et Louie qui disait avoir vu Liz au centre commercial. Quelle
blague ! S'imaginait-il vraiment duper Mamie avec une telle
histoire ? Liz ne pouvait pas se trouver à deux endroits
en même temps, et elle n'était sûrement pas
sortie du maudit congélateur, enfermée là-dedans
comme elle l'était, tassée au fond, poignardée,
ou abattue ou étranglée, dans une brillante enveloppe
de glace et les lèvres toutes bleues. Et Will, qui avait
confirmé l'histoire de Louie, avait seulement entr'aperçu
quelqu'un à travers la fenêtre du barbier alors
qu'il était assis là à respirer fort avec
les autres hommes, tout barbouillé de mousse à
raser, en regardant passer les jambes des femmes. Ce n'était
pas comme s'il avait effectivement parlé à Liz.
Mais Will avait écouté Louie et pensé qu'il
avait vu Liz, et ni lui ni Gwen ne voulaient donc envisager la
vraie vérité. Ça ne les étonnait
pas que Liz ne se manifeste pas. C'était bien dans son
genre de les tenir à l'écart. Ils ne rendaient
personne responsable du divorce, et ils laissaient Louie continuer
à sourire. Ils l'aimaient bien. Un type très chouette,
ils pensaient. Seule Mamie l'avait vu, alors que Gwen et Will
étaient partis faire les courses, et qu'il la croyait
endormie : à genoux comme un moine, penché
sur son congélateur ouvert, en train de parler au givre
en sanglotant...
© 2003 Éditions
Alire pour la traduction française
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