(Chapitre 2 : L'égorgé de la rue Walkley, p.
11-22)
Le souffle en provenance du lit s'estompait doucement dans
les lueurs de l'aube. Les traits gonflés, les yeux murés,
la peau froide : tout démontrait un trépas
imminent. Julien Stifer serra doucement la main dans la sienne
en chuchotant des mots d'apaisement. Le souffle cessa soudainement ;
le visage se figea lentement jusqu'à devenir un masque
de chair dure. Stifer reposa doucement la main inerte sur le
bord du lit.
Il observa un instant les traits pétrifiés du vieillard
solitaire qu'il venait d'assister dans son dernier voyage. De
cet homme, il ne connaissait que les angoisses d'une fin de parcours
triste et solitaire. Chacun des mourants ressentait son passage
de façon unique, mais tous partageaient la même
crainte. Celui-ci n'avait pas fait exception. Stifer avait tenté
de l'apaiser, mais les quelques heures passées en sa compagnie
n'y avaient pas suffi.
Les bruits affairés de l'hôpital troublèrent
ses réflexions. Les infirmières s'activaient afin
de terminer leur quart nocturne. Stifer enfila son veston, porta
un dernier regard vers le défunt, puis quitta la chambre.
Les murs verdâtres luisaient doucement sous les lueurs
d'une aurore triste qui traversait les fenêtres. Il parvint
au poste d'accueil de l'étage. Des petits pots de médicaments
s'alignaient sur le comptoir comme des rangées de soldats
prêts à un nouveau baroud d'honneur ; tant de maladies
incurables sévissaient sur l'étage. Une dame replète,
cheveux gris noués en chignon, l'accueillit d'un sourire
las.
- Une longue nuit, Julien ?
- La dernière pour notre ami. Il a trépassé
à 4 h 47.
L'infirmière-chef reçut la nouvelle d'un air morose.
Stifer s'émerveillait de l'empathie des infirmières
pour leurs malades, même si ceux-ci ne profitaient que
d'un séjour fort temporaire dans leur département.
- Je ferai le nécessaire. Un peu de café ?
- Pourquoi pas ?
L'infirmière lui servit un gobelet. Le breuvage coulait
dans la gorge de Stifer comme un torrent tiédasse. Il
espérait que la caféine dissipe le léger
mal de tête qui l'assaillait. La sonnerie stridente d'un
appel d'urgence le fit sursauter. Il vit deux infirmiers se ruer
vers une chambre, peut-être pour une réanimation
éphémère. Finalement, la mort reculerait
de quelques heures à l'étage.
Il froissa le verre de carton, puis le projeta dans une poubelle.
- Passe une bonne journée, France.
L'infirmière délaissa le rapport qu'elle rédigeait
sur le décès. Il lui paraissait inutile de vérifier
les dires de Stifer : celui-ci profitait d'une ample expérience
des défunts. Elle offrit un sourire réconfortant
à l'homme à la chevelure de braise dont le dos
paraissait se voûter légèrement sous le poids
d'une nuit blanche.
- Toi aussi, Julien.
Stifer appela l'ascenseur. Les patients en phase terminale occupaient
le dernier étage de l'édifice. Les parois réfléchissaient
l'image d'un homme costaud, vêtu d'un veston de tweed,
d'une cravate aux couleurs écossaises, au regard las.
Stifer croisa des auxiliaires habillés de vert qui descendaient
prendre leur pause-café, déboucha sur un couloir
encombré de lits et de malades en attente, puis marcha
d'un pas lourd en direction des grandes portes vitrées
du pavillon d'accueil. Le gardien délaissa ses pages sportives
pour le saluer d'un geste amical de sa cage de verre. Stifer
retourna un sourire las, puis sortit dans l'aube blanchâtre.
Une lumière terne dévoilait les édifices
gris de Montréal. Les voitures semblaient se camoufler
sous des bancs brumeux. Stifer franchit la rue Sherbrooke et
foula l'herbe mouillée du parc La Fontaine. Il déambula
longuement sous les arbres vénérables, les chaussures
trempées, croisant au passage quelques canards s'ébattant
au milieu du large étang parsemé de volutes de
brouillard.
Il avait erré souvent dans ce parc, il en connaissait
les moindres recoins. Mais l'aube offrait une perspective différente.
Les arbres surgissaient de nuées blafardes comme des menhirs
feuillus. Les eaux de l'étang brillaient d'une étrange
lueur aqueuse. Prêts à emporter leurs passagers
vers un voyage d'éternité, les bancs de bois paraissaient
flotter sur le sol. Il prit place sur l'un d'eux, alors que son
cellulaire vibrait dans la poche de son pardessus. Il farfouilla
dans la large cavité encombrée de gants, menottes
et mouchoirs, pour finalement agripper l'appareil.
- Lieutenant ?...
- Oui, Lucien.
La voix de son adjoint crachotait curieusement dans son oreille
trempée par la bruine, lui rappelant les clameurs matinales
d'une vieille corneille. Lucien reprit d'une voix embarrassée :
- Vous êtes encore à l'hôpital ?
- Je suis assis dans le parc.
- La Fontaine ?
- Avec les canards.
- Votre copain a trépassé ?
Stifer reconnut le ton gêné de ses confrères
quand il s'agissait d'aborder cette curieuse passion qui l'avait
saisi, d'accompagner les moribonds lors de ses temps libres.
- Ouais, un de plus dans la cohorte des ombres.
Il y eut un silence, puis la voix rauque de Lucien crachota de
nouveau :
- En voilà un autre : nous avons un égorgé
sur les bras.
- Qui date de quand ?
- Il est tout frais...
- Des indices ?
- Les techniciens sont sur place. Ils nous diront ça bientôt.
- Crime passionnel ?
- Ça ne donne pas l'impression...
- Bon, attends...
Stifer fouilla de nouveau au milieu de ses poches profondes,
extirpant cette fois un calepin écorné et un crayon
à mine émoussée.
- Je note...
C'était un appartement de la rue Walkley, du quartier
Notre-Dame-de-Grâce, localisé dans l'ouest de la
ville.
- Désirez-vous que je vous envoie une voiture ?
- Je prends la mienne.
Stifer passa une main dans ses cheveux trempés, ajustant
son chapeau mou. Une nouvelle mort à résoudre le
rassérénait ; sur celle-ci, il aurait au moins
l'impression d'exercer un certain contrôle. Il pourrait
y découvrir une cause, identifier un coupable, tenter
d'y appliquer un semblant de justice. Il tracerait ainsi quelques
bornes imaginaires dans l'éternité.
Il releva son corps massif du siège mouillé et
emprunta le sentier conduisant aux confins nord du parc, bordé
par la rue Rachel où il avait garé son véhicule.
Le soleil apparut entre les arbres, dispersant les volutes de
brume, scintillant sur la surface grise de l'étang. Des
oiseaux gazouillèrent, des écureuils gris bondirent,
la clochette d'un cycliste résonna tout près. La
vie et la mort se chevauchaient ; Stifer se retrouvait prêt
à les affronter.
De petits drapeaux cernaient des tâches sanglantes sur
le plancher. Stifer effectua un slalom morbide afin d'éviter
les zones délimitées, puis parvint jusqu'à
l'homme qui reposait sur le ventre en une posture tortueuse au
milieu d'un lit posé à même le sol. La tête
à moitié détachée ressemblait à
une fleur fanée ceinturée d'une corolle sanglante.
Les yeux, entrouverts, fixaient le néant, tandis qu'un
rictus d'hébétude s'était figé sur
les lèvres pâles.
- Personne n'a pensé à lui fermer les yeux ? grogna
Stifer.
- On laisse habituellement ce travail au pathologiste, riposta
le chef de l'équipe technique penché à ras
du sol près de l'entrée.
L'épaule calée contre un mur, le sergent-détective
Lucien Bernard se tenait en équilibre précaire,
écrasant un mégot fumant contre la semelle d'une
chaussure élimée, tout en recueillant soigneusement
la pluie de cendres dans sa paume gauche. Il se redressa, enfouit
mégot et cendres au fond de sa poche gonflée, enfila
des gants de plastique, puis se dirigea vers le macchabée
auquel il abaissa les paupières.
Stifer soupira ; Lucien aurait montré autant d'égard
en fermant des disjoncteurs. Depuis qu'il accompagnait des mourants
à l'hôpital, Stifer prenait de plus en plus conscience
du respect dû aux dépouilles. Il devait sans arrêt
prendre sur lui afin de pas houspiller ses adjoints sur les scènes
de crime.
- Bon, des détails ? demanda-t-il.
Une grimace plissa le visage de fouine du sergent quand il entreprit
de relire ses notes. Stifer connaissait la raison de son malaise :
Lucien écrivait en sténo, format patte de mouche,
ce qui lui causait moult problèmes quand il s'agissait
de réviser ses propres écrits. Stifer n'avait jamais
réussi à découvrir si son adjoint lisait
vraiment ses notes, ou s'il récitait de mémoire.
- Voilà... Deux heures quarante ce matin, coup de fil
au central ; appel anonyme ; voix de femme en provenance
d'une cabine publique, rue Fielding.
- Que disait le message ?
- « Vous retrouverez un mort, rue Walkley. » Puis
elle a donné l'adresse.
- Rien d'autre ?
- Elle a paru sangloter, puis a raccroché.
Stifer effectua un tour précautionneux, pistant le parcours
sanglant circonscrit par les petits étendards, jusqu'au
cadavre gisant sur son grabat. Le corps était orienté
vers le fond de la pièce, tandis que la tête pointait
vers un mur latéral. À moitié détaché
du tronc, le chef produisait un curieux angle avec le tronc,
rappelant à Stifer un caractère de langue asiatique.
Il enfila des gants de plastique et déplaça doucement
la tête afin d'apercevoir les traits du visage. La victime
paraissait d'âge mur, quarante, cinquante ans, d'origine
moyen-orientale. Les cheveux courts et les traits anguleux, elle
portait une chemise blanche et un pantalon de toile.
Stifer chercha un coin de matelas sec, posa le genou, puis se
pencha afin d'étudier la plaie. La trachée béante
laissait paraître des aspérités de la colonne
au travers des chairs sombres. La coupure devait provenir d'un
coup puissant, porté par un instrument tranchant comme
un rasoir. Il examina les mains : fines, elles ne portaient
pas de blessures apparentes.
- Les photos de scène sont terminées ?
- Bien sûr, répondit le technicien-chef Miron. Nous
peinons ici depuis des heures.
Celui-ci se releva péniblement, s'essuyant le front d'un
pli de sa manche. Il s'assouplit le cou à l'aide de quelques
mouvements circulaires qui firent virevolter une longue tresse
de cheveux blonds. Il était vêtu d'un chandail noir
sur lequel POLICE était inscrit en lettres blanches fluorescentes.
Sur sa casquette, visière retournée, était
peint un pingouin masqué comme insigne.
- Pourquoi ne m'avez-vous pas appelé plus tôt ?
- On vous savait à l'hôpital, répondit Lucien
d'une voix rocailleuse.
Surpris par la discrétion de son adjoint, Stifer le considéra
un instant en train d'examiner ses ongles rongés.
- OK, on le retourne.
Lucien s'empara des pieds, et Stifer maintint la tête,
tandis que le technicien-chef faisait pivoter lentement le corps
sur le dos. Stifer replaça ensuite la tête en position
décente, en ligne avec le tronc. Satisfait de cette nouvelle
dignité apportée au défunt, il examina la
poitrine : fort maigre, celle-ci paraissait voilée
de plis noirs, tels les pans d'une toge de sang séché.
Stifer fit glisser ses doigts sur le torse croûté :
il ne détecta pas de lésions. Il se releva, reculant
de quelques pas afin d'étudier la scène.
La victime reposait maintenant sur le dos, les pieds écartés,
tête en place, dans sa couche sanglante. La blessure, béante,
apparaissait dans toute son horreur. On n'avait pas égorgé
l'homme, on l'avait plutôt à moitié décapité.
Stifer s'adressa de nouveau au technicien-chef qui saisissait
les données de scènes de crime sur un bloc-notes
électronique.
- On a son identité ?
Miron pianota sur son clavier, puis répondit en relevant
la tête :
- Ismaël Gunaratna, immigrant algérien. Nous avons
retrouvé une carte d'Immigration Canada à son nom,
ainsi qu'un bail pour ce logement, plus différents relevés
bancaires.
Il pointa une commode abîmée dans un coin :
- Il gardait ses vêtements là-dedans, pas grand-chose.
Il semblait vivre seul.
- De la drogue ?
- Non, seulement un narguilé dans la pièce voisine,
répondit Miron. Il contient des herbes à moitié
consumées.
- Des armes dans le logement ?
- Aucune. Pas même celle du crime.
Stifer s'approcha de nouveau de la victime afin de regarder l'horrible
plaie :
- Avec quoi lui a-t-on fait ça ?
- À mon avis, un ouvre-boîtes géant, dit
Lucien.
- Ouais, avec une lame bien effilée, conclut Miron.
- Des traces de lutte ?
- Rien ne le suggère. On a dû l'exécuter.
- On n'a pas retrouvé des traces de sang de l'exécuteur
?
Le technicien-chef grimaça en pointant la pièce
maculée :
- Difficile à déterminer, il y a tellement de sang.
Si cela s'est produit, il sera impossible de reconnaître
une signature ADN viable. Tout est amalgamé.
Stifer sentait ses chaussures couiner sur le plancher taché.
- Rien d'autre ? Un reste de cigarette ? Une tasse de café
défraîchi ?
- Tout est défraîchi, ici. Le gars devait se meubler
à l'Armée du salut. Le vol de mobilier n'est sûrement
pas le mobile... Ah oui, il gardait un curieux collier à
la main.
Miron interpella un technicien en train de collecter des échantillons
sanguins en plusieurs endroits de la scène de crime.
- Paul, montre le collier au lieutenant !
Un homme barbu au pantalon trop large tendit un sac de plastique
en direction de Stifer qui extirpa le bijou de son enveloppe :
une sucette bleue, maculée de sang, pendait au bout d'une
chaînette d'argent.
- Tu dis qu'il gardait ça dans la main ?
Miron replaça sa casquette au pingouin menaçant
sur sa tête abondamment chevelue.
- Tout à fait ça, lieutenant.
- Peut-être une médaille de nounou olympique, grommela
Lucien en examinant la parure.
La chaîne paraissait vieillie, la couleur de la sucette
était fade. Stifer soupira en songeant aux souvenirs que
cet étrange bijou devait colporter. Ceux-ci s'étaient
maintenant dissous dans l'abîme du néant. Il remit
l'objet au technicien, portant de nouveau son attention sur le
corps que les flashs du photographe peignaient de teintes livides.
Il examina ensuite longuement le matelas gorgé, puis les
murs aspergés, pour conclure finalement d'une voix lourde
:
- L'exécution a été foudroyante. On l'a
fait pirouetter vers le mur, on l'a égorgé. Les
murs ont recueilli les giclées, le matelas a aspiré
les coulées : ce type savait ce qu'il faisait.
- Ce gars ne doit pas être à sa première
expérience du genre, ajouta Lucien d'une voix aigre. En
vingt-quatre ans de carrière, je n'ai jamais rien observé
de tel. Je parie qu'il s'en est sorti sans une tâche de
sang sur sa cravate !
Stifer retira ses gants, les tendit au technicien-chef qui les
enfouit dans un sac, puis quitta la chambre en évitant
les petits fanions censés isoler les marques sanglantes
sur le plancher. Il suivit le corridor jusqu'à une petite
salle de séjour où un ordinateur était installé
sur un pupitre endommagé. Une énorme pipe reposait
au milieu d'une table bancale, trois tubes à becs allongés
près du socle comme autant de tentacules au repos.
S'approchant par-derrière, Lucien s'empara d'un tube d'une
main gantée :
- Nous l'avons laissé afin que vous puissiez voir la scène,
lieutenant. J'ai demandé aux techniciens de prélever
des échantillons afin de découvrir de possibles
traces d'ADN. Peut-être le tueur a-t-il aspiré quelques
bouffées avec sa victime ?
- Bonne idée, commenta Stifer.
Ce dernier doutait qu'un tel assassin puisse se montrer aussi
négligent. Il dégagea le couvercle du fumoir fixé
sur le dessus du narguilé. Une poudre cendreuse et noircie
exhalait une odeur âcre. Stifer en prit une poignée,
qu'il examina. Des feuilles de tabac non consumées se
mêlaient aux cendres.
Lucien tapota le dossier d'une chaise où reposait un petit
tapis enroulé.
- Une seule chaise était tirée : le bonhomme devait
inhaler la fumée quand le meurtrier s'est présenté.
- Par où est-il entré ?
Lucien haussa ses maigres épaules :
- Il a dû sonner à la porte.
- On a commencé à interroger les voisins ?
- Nous sommes arrivés en plein milieu de la nuit... personne
ne s'est précipité pour nous donner des informations.
Stifer passa dans une minuscule cuisine où un vieux réfrigérateur
émettait quelques râles. Une porte arrière
débouchait sur un modeste balcon. Des fonds d'immeubles
décrépis servaient de panorama. Des escaliers en
spirale s'accrochaient aux immeubles environnants comme des lierres
rouillés.
S'aventurant dans les marches qui descendaient en vrille, Stifer
était attentif à tout indice qu'il pourrait découvrir.
Les marches grinçaient sous son poids alors qu'il inspectait
les alentours. Un arbre solitaire s'élevait tout près,
plongeant ses racines entre les interstices de l'asphalte craquelé
qui couvrait l'espace entre les immeubles. Les cordes usées
d'une balançoire pendaient d'une branche. Des enveloppes
de friandises l'entouraient comme des bouquets souillés.
Stifer porta son attention sur les pousses de plantain se dressant
au milieu des gravats. L'une d'elles lui offrit ce qu'il cherchait :
une tache sombre, collée sur l'un de ses brins. Il remarqua
le même type de flétrissure sur une autre plante,
puis sur une troisième. La piste ainsi tracée menait
vers un trottoir, entre deux immeubles.
- Tu as un sac, Lucien ?
Le détective extirpa un sac de plastique de sa poche,
puis le lui tendit. Le lieutenant ouvrit un couteau d'arrêt,
s'accroupit, puis entreprit de découper les brins tachés,
prenant garde à ne pas endommager les tiges. Il déposa
ses spécimens dans le sac, le scella, puis tendit le tout
à Lucien.
- Des taches de sang ? s'enquit le détective.
- De la victime, ou de l'agresseur. Peut-être s'est-il
blessé durant l'affaire. Peut-être traînait-il
du sang de sa victime sous ses chaussures. En tout cas, il est
sorti par l'arrière. Peut-être est-il entré
par la même porte. J'espère que nous pourrons en
identifier la signature ADN.
Lucien examina le sac, puis porta son attention sur les immeubles
environnants, passant une main émaciée dans ses
cheveux épars :
- Il devait faire sombre, il est peu probable qu'un des habitants
ait pu apercevoir l'assassin quitter les lieux.
- On va quand même les interroger, dit Stifer.
Lucien jeta son mégot brûlant sur le sol, reprit
le chemin des escaliers en piétinant les pousses. Stifer
aperçut les brins de plantain se redresser aussitôt,
leurs tiges efflanquées pointant de nouveau hardiment
vers le ciel grisâtre du matin. La vie continuait...
© 2007 Éditions
Alire
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