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Le Chromosome Y

de

Leona Gom

 

Traduit de l'anglais par
Sylvie Bérard et Suzanne Grenier

 

 

(Chapitre 1, Daniel, p. 1-11)


Il entendit les chevaux avant de les apercevoir. Et les voix : au moins deux personnes. Il laissa tomber le seau de framboises et s'accroupit à côté. Il pouvait sentir son coeur qui s'était mis à cogner contre ses côtes, la soudaine montée de sueur sous ses aisselles. Il regarda avec inquiétude à travers les joncs, soulagé de ne rien voir, d'être relativement bien dissimulé en retrait de la route.
Ces gens se trouvaient maintenant juste en face de lui. Le bruit des sabots sur la route était si fort qu'il avait l'impression que l'on battait des mains dans ses oreilles.
« J'ai le cul en compote », s'exclama une voix. Cette personne venait d'ailleurs. « C'est encore loin ?
- Environ un kilomètre. On approche. » C'était la Docteure. Il reconnaissait sa voix. Mais elle semblait nerveuse, presque effrayée.
« Tu avais raison, soupira l'autre voix. J'ignorais que j'étais en si mauvaise forme. »
La Docteure répondit quelque chose, mais elles avaient maintenant dépassé le champ de framboises, regagné une partie boisée, et Daniel ne pouvait discerner leurs paroles.
Il abandonna le seau de framboises là où il était tombé et se mit à courir. Les branches le fouettaient et les broussailles le firent deux fois trébucher, mais il se relevait d'un bond et continuait sa course. Il devait atteindre la ferme avant les étrangères. Il glissa le long du ravin jusqu'au lit asséché du ruisseau, en regardant avec anxiété vers sa droite, bien qu'il sût que le chemin croisait le ravin à un quart de kilomètre au nord, là où la pente était moins abrupte, et qu'il fût presque sûr que la Docteure ne quitterait pas la route. Il grimpa de l'autre côté, faisant rouler sous ses pieds des roches et des mottes de terre, mais il attrapa la racine d'un bouleau qu'il savait se trouver là et se hissa jusqu'en haut. Il n'avait pas utilisé le raccourci depuis sa tendre enfance, mais son corps se rappelait le chemin comme s'il l'avait emprunté le matin même. Un cupidon des prairies se mit à voleter à ses pieds. Il sauta par-dessus sans ralentir son allure. Il pouvait sentir la brûlure sur le côté, mais il ne pouvait s'arrêter ; il y était presque, plus que la clairière à traverser et la dernière lisière de peupliers. Il pouvait maintenant apercevoir la maison de sa tante, vacillant entre les branches, puis il fut enfin arrivé.
Sa tante Highlands était dans le jardin, à sarcler les pommes de terre, sa houe retombant sur un sol aussi dur et sec que du métal. Il sauta sans faire attention par-dessus les rangs de pois et de choux. La houe de Highlands s'immobilisa en plein mouvement.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda-t-elle.
Il s'arrêta à trois rangs de distance et se pencha dans sa direction, les mains sur les genoux. « Une étrangère, dit-il d'une voix entrecoupée. Elle arrive avec la Docteure. » Il fit un geste vague vers l'endroit où la route pénétrait dans la cour de ferme.
Highlands avait déjà laissé tomber la houe et courait chez elle, sa chemise battant derrière elle comme une aile déchirée. Il la regarda aller, son souffle lui râtelant la poitrine. Il la vit sonner deux fois la cloche, le signal d'alarme, puis il s'achemina en boitillant vers la longue maison. Lorsqu'il l'atteignit, son père ouvrait déjà la porte, et son cousin, Montney, le fils de Highlands, arrivait en courant depuis l'autre côté du jardin où il travaillait.
« Que s'est-il passé ? » demanda Montney, nerveux. Cela faisait longtemps que la cloche n'avait pas sonné l'alarme.
« Une étrangère qui s'en vient par ici dit Daniel. À cheval. Elle est avec la Docteure. »
Son père le prit par le bras. « Allez, dit-il. Ne traîne pas ici. » Puis il lâcha rapidement sa main, comme s'il venait de se rappeler que Daniel avait maintenant dix-huit ans et qu'on ne pouvait plus lui dire quoi faire comme à un enfant. Daniel lui adressa un petit sourire, pour signifier qu'il avait relevé l'erreur mais qu'il la tolérait. Il aimait grandement avoir dix-huit ans, le respect soudainement acquis, chose que Montney devrait attendre encore quelques années.
Une fois à l'intérieur, son père referma la porte et la verrouilla.
« Les voilà ! » cria Montney de la fenêtre, en se baissant promptement sous le rebord et en retirant le morceau de plâtre inséré entre le troisième et le quatrième rondin. Daniel le rejoignit, en plissant les yeux dans la lumière du soleil.
Elles étaient là, bon, elles mettaient maintenant pied à terre. L'étrangère, une personne d'âge moyen dont les longs cheveux gris formaient une tresse d'un côté de la tête, grimaça en se laissant glisser vers le sol. Highlands s'approcha d'elles, et Daniel put les voir échanger des salutations, cette drôle d'étreinte de politesse, par les épaules, le hochement de la tête, qu'il avait dû apprendre. Quand il avait protesté, sa mère avait insisté : « Mieux vaut qu'elles nous trouvent bizarres plutôt qu'elles ne découvrent des choses à ton sujet. » Et il avait donc appris les curieuses manières qu'il était tenu d'afficher en compagnie des étrangères, s'il devait jamais en rencontrer. Mais il venait rarement des visiteuses ici. Un ancêtre avait inventé un nom pour désigner les habitantes des quatre fermes où vivaient d'autres personnes semblables à lui - les Isolistes - afin que les étrangères les considèrent comme une secte religieuse et les laissent tranquilles. Cela avait bien fonctionné. Quand venaient des étrangères, ce qu'elles remarquaient d'inhabituel n'était pas ce qui était vraiment inhabituel. Un fourvoiement, disait Highlands, un tour de magie.
D'autres habitantes de la ferme s'approchaient maintenant de la Docteure et de sa compagne, et toutes saluaient l'étrangère avec un air sombre et les mêmes manières affectées. Les enfants, observait-il, voulaient toutes essayer, la plupart n'ayant pas encore eu la chance de s'exercer sur une vraie étrangère. Daniel pouvait voir le regard anxieux que Highlands échangeait avec leurs mères.
« Maintenant, retournez travailler ! » cria quelqu'un, et les enfants reculèrent, ramenées soudainement au fait que ce n'était pas un jeu. Avec la confiance que leur procurait leur nouveau statut d'adulte, Bluesky et sa soeur Shaw furent les seules à rester. Shaw, se rappelait-il, s'était prévalue de la possibilité qu'elle avait de choisir un deuxième nom et tenait maintenant à se faire appeler Shaw-Ellen. Mais c'était Bluesky qu'il regardait. Elle était grande et musclée, ses épais cheveux pâles retenus par deux barrettes rouges dégageant son visage. Il se souvenait d'elle telle qu'elle avait été hier, dans cette même pièce, nue au-dessus de lui, les paupières serrées et les lèvres étirées comme si elle souffrait. Il dut fermer les yeux pour cesser de la voir, mais il continuait de sentir la chaleur de son érection contre sa cuisse.
« Elles entrent chez nous, je crois », dit son père.
Daniel rouvrit d'un coup les yeux. Highlands et la mère de Daniel étaient déjà à l'intérieur, et la Docteure les suivait en compagnie de l'étrangère. Deux membres du groupe entrèrent aussi, et les autres attendirent dehors quelques minutes en chuchotant nerveusement avant de retourner chacune chez elle. Il crut voir Bluesky jeter un bref regard en direction de la longue maison.
Son père se retourna et s'adossa au mur, les jambes allongées devant lui comme deux rondins de bonne taille. Il passa distraitement son pouce calleux sur la tête d'un clou qui commençait à sortir du plancher à côté de lui.
Daniel se retourna, lui aussi, et s'assit en repliant une jambe vers l'intérieur. Il ne ressemblait pas du tout à son père ; blond et de petite constitution, il tenait davantage de sa mère. Lourde et foncée, avec cette grande bouche et des sourcils semblables à deux haies surplombant ses yeux, c'était sa soeur, Mitchell, qui ressemblait à leur père.
« Je me demande bien pourquoi la Docteure l'a amenée ici, dit son père.
- Je ne pense pas qu'elle en avait l'intention, dit Daniel. Je les ai entendues sur la route. Je crois que l'étrangère a insisté pour venir.
- Elle doit soupçonner quelque chose. Merde. » Il y avait dans sa voix une tension mêlée de crainte, et Daniel lui jeta un regard, percevant sa peur. Son père se frotta la joue de bas en haut, et sa barbe de plusieurs jours produisit un son râpeux sous ses doigts.
« Tu n'as pas coupé les poils de ton visage, l'accusa Daniel.
- Je sais, dit son père. J'ai oublié.
- Tu disais que c'était la chose la plus importante, insista Daniel. Comment as-tu pu oublier ?
- Je sais, dit son père. J'ai oublié, un point c'est tout.
- Elles sortent, dit Montney. Elles vont maintenant entrer dans la maison de Mère. »
Daniel se retourna pour regarder. Il pouvait voir Highlands ouvrir la porte de sa maison et inviter les étrangères à entrer.
« C'est comme un genre d'inspection, dit Daniel.
- Elle ne va pas venir ici, n'est-ce pas ? demanda Montney.
- Non, dit le père de Daniel, retrouvant un ton ferme et confiant. Bien sûr que non. Ta mère ne la laissera pas faire. Personne ne peut entrer dans la longue maison sans la permission de la Leader. »
Et le fait de penser à Highlands sembla tous les rassurer. Elle était celle sur qui ils pouvaient compter ; elle les protégerait. Quand il était jeune, Daniel avait parfois craint ses colères, les disputes qu'elle avait avec son père, qui ne correspondaient pas du tout à la manière dont un frère et une soeur étaient censés se comporter, mais en vieillissant il s'était mis à l'aimer de plus en plus, à admirer son esprit vif et son assurance. Il avait un jour dit à son père qu'il avait souhaité que Highlands fût sa mère, et son père, le regard dirigé vers sa mère qui, lentement, le visage tourné vers le ciel comme une coupe s'emplissant de soleil, décrochait lentement des vêtements de la corde à linge, lui répondit : « Il existe des habiletés tout aussi importantes que l'intelligence, Daniel. L'intelligence peut te jouer des tours. Mais pas l'amour. » Daniel eut de la difficulté à saisir toute la signification de ces propos, mais il eut l'impression qu'un jour il en trouverait le sens et se dit donc qu'il ferait sans doute mieux de les garder en mémoire.
C'était tout de même Highlands que Daniel allait voir quand il voulait parler, la choisissant de préférence à sa mère et à son père, même si ce qu'elle lui disait n'était souvent pas ce qu'il voulait entendre. C'était l'approbation de Highlands qu'il recherchait le plus, peut-être parce qu'elle n'était pas facilement accordée.
« Qu'arrivera-t-il si elles veulent passer la nuit ici ? demanda soudainement Montney. Il est un peu tard pour qu'elles retournent à Fairview.
- Je ne crois pas qu'elles voudront rester, dit le père de Daniel. Elles n'ont pas dessellé les chevaux. La Docteure doit avoir dit à l'autre que l'hospitalité n'est pas une de nos vertus. Et ta mère va leur montrer la remise où se trouve le vieux lit défoncé de Cayley et laisser sous-entendre que c'est à cet endroit qu'il leur faudrait dormir. » Il rit, imité par Daniel et Montney, et gloussa en pensant à la façon dont Highlands, fière de son coup, prendrait les choses en main.
« Malgré tout, dit le père de Daniel, je n'apprécie pas qu'elle soit venue avec la Docteure. Elle est peut-être docteure, elle aussi.
- Peut-être est-ce la personne dont la Docteure nous a parlé, dit Montney. La nouvelle qu'elle avait l'intention de former et à qui elle voulait raconter ce qu'elle sait à notre sujet.
- Je ne crois pas, dit Daniel. Elle est trop vieille. »
Montney se leva, se mit à faire nerveusement les cent pas autour de la pièce en prenant négligemment au passage les livres scolaires proprement rangés en petites piles sur les étagères. Daniel les avait tous lus, quelques-uns plus d'une fois, et il était toujours le premier à se jeter sur la personne qui revenait de la cité avec des boîtes de nouveaux livres de bibliothèque. Maintenant qu'il avait dix-huit ans, il pourrait se rendre lui-même à la cité si la ferme lui en accordait la permission - il pourrait, s'il le désirait, passer une journée entière à la bibliothèque, un édifice rempli, à ce qu'on lui avait dit, de milliers de livres. Cette pensée le combla d'excitation. Il devrait être prudent, bien sûr, et porter les vêtements fabriqués spécialement pour la cité, qui étaient faits d'un tissu plus lourd que ce qu'il avait l'habitude de porter sur la ferme en été. Mais son père était parfois allé en ville, et Kit de la Ferme de l'Est était allé à Leth une semaine entière. Leth : là où se trouvait l'université, là où Daniel avait rêvé d'aller, avant de devoir accepter que cela était interdit, trop dangereux pour un mâle.
Mâle. Il avait cherché un jour dans le dictionnaire, le même dictionnaire que Montney martelait légèrement avec son poing. Mâle, était-il écrit, du français moderne « mal » et du latin « male ». 1. Mauvais, anormal, inadapté ; 2. Sous-espèce humaine disparue au xxie siècle.
« Elles sortent de la maison de Mère », dit soudainement Montney.
Daniel et son père se retournèrent, s'accroupirent devant la fente entre les rondins et épièrent la scène qui se déroulait à l'extérieur. La Docteure et l'étrangère sortirent les premières, suivies des autres, qui restèrent regroupées dans l'entrée tandis que les visiteuses s'éloignaient de quelques pas, avant de faire volte-face. Toutes les femmes debout sur le seuil, dans une gracieuse et presque parfaite harmonie, s'inclinèrent pour les saluer.
La Docteure s'inclina elle aussi, et l'étrangère, après avoir hésité un moment, s'inclina également, avec maladresse, en gardant la tête droite afin de ne perdre personne de vue. Puis, toutes les deux dénouèrent les rênes de leurs chevaux attachés à un poteau près de la maison de Highlands, se mirent en selle et reprirent leur route. La Docteure jeta un bref regard derrière elle et fit un signe de la main, qu'elle voulait peut-être furtif. Daniel sentit qu'il levait aussi la main, sans réfléchir, pour lui retourner son salut. Il aimait la Docteure. Il aurait souhaité pouvoir lui parler. Daniel, aimait-elle toujours se rappeler, était le premier mâle auquel elle avait donné naissance. Jusqu'alors, avait-elle confié à sa mère, elle n'avait jamais cru ce que la docteure qui l'avait formée lui avait raconté à propos de l'existence de mâles ; elle pensait que c'était simplement une histoire bizarre destinée à vérifier à quel point elle était crédule. Maintenant, bien sûr, la ferme ne voyait pas comment elle pourrait se passer d'elle, et toutes étaient aussi inquiètes au sujet de la nouvelle docteure à laquelle elle allait devoir faire confiance et tout raconter qu'elles l'avaient été au début à son égard.
« Allons-y », dit Montney en se dirigeant vers la porte. Daniel le suivit, les pensées déjà tournées vers le champ de framboises et le seau échappé, à l'intérieur duquel les fourmis avaient déjà dû se frayer un chemin.
« Attends, dit son père. Nous devons nous assurer que ce n'est pas une feinte. »
Par la fenêtre, Daniel pouvait voir Highlands s'approcher de la longue maison. « Ta mère s'en vient, dit-il à Montney. Fais-la entrer. »
Montney déverrouilla la porte, et Highlands pénétra à l'intérieur. Elle était tellement grande qu'elle devait se pencher pour ne pas se heurter la tête.
Elle souriait. « J'ai tout particulièrement aimé notre façon de nous incliner, dit-elle. N'avons-nous pas été bonnes ?
- Merveilleuses, répondit le père de Daniel. Eh bien, que voulait-elle ?
- Tout va bien. C'était la superviseure de la Docteure. Elle a simplement décidé de se pointer pour évaluer la charge de travail de la Docteure. Rien d'inquiétant. » Elle posa son bras sur l'épaule de Montney, en laissant pendre sa main et ses longs doigts fins.
« A-t-elle posé des questions au sujet des personnes qui n'étaient pas avec vous ? demanda Daniel.
- Je lui ai dit que trois des habitantes de la ferme étaient aux champs. Cela a semblé la satisfaire. Je crois qu'elle avait simplement envie de nous connaître. Mais tout s'est bien passé. La Docteure m'a fait un clin d'oeil en partant.
- Je t'avais bien dit qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter, dit Montney au père de Daniel.
- On n'est jamais trop prudent, répliqua celui-ci.
- Tu n'as pas coupé les poils de ton visage », l'accusa Montney. Il se tourna vers sa mère, avec une expression traduisant une excitation triomphante. « Il n'a pas coupé les poils de son visage », répéta-t-il.
Highlands les regarda tous les deux froidement. « Je vois bien ça, dit-elle. Nous devrons en faire mention à la prochaine Assemblée, Christoph.
« Ce n'est pas juste ! » La voix de Daniel trembla sous l'effort de tenir tête à Highlands. Il n'avait jamais fait cela avant, pas vraiment. Mais il était maintenant âgé de dix-huit ans, un adulte, même s'il était un mâle. « Père était de corvée tôt ce matin. D'habitude il n'oublie pas. Tu ne sais pas ce que c'est, tous les matins...
- Non, Daniel, Highlands a raison, l'interrompit calmement son père. C'est trop important pour qu'on l'oublie. »
Il détestait voir son père abandonner si facilement, la laisser gagner sans même essayer. Il n'était pas comme ça avant. Daniel fut soudain en colère contre eux tous, contre son père à cause de sa docilité et de sa déférence, contre Montney pour l'avoir dénoncé, contre Highlands pour avoir profité de sa position de Leader pour humilier son père. Il pouvait sentir les muscles de ses joues qui se tendaient, ses lèvres qui se serraient en une ligne mince, comme si tout son visage était sous pression. Sa « face méchante », comme sa mère avait l'habitude de dire affectueusement quand il était enfant - mais il était maintenant un adulte : sa colère n'aurait plus rien d'amusant. Il se força à se calmer, baissa les yeux vers le plancher.
Highlands ne dit rien pendant un moment, se contentant de les regarder l'un après l'autre. Son regard se posa finalement sur le père de Daniel. « Eh bien, il n'y a pas de mal, je suppose, dit-elle. Tu n'es qu'un être humain. »
Son père lui sourit sèchement. « Tu es bien aimable de le penser. »
Elle regarda alors Daniel, et peut-être parce qu'elle ne lui dit rien, il comprit soudain avec étonnement qu'elle était heureuse de la façon dont il avait défendu son père, même si elle n'était pas censée l'être - elle ne devait pas permettre un tel défi à son autorité, pas même de la part d'un adulte. Il se sentait troublé et mal à l'aise. Il sentait aussi autre chose, autre chose à quoi il réfléchirait plus tard, quand il serait seul. Il se sentait puissant...

© 2000 Éditions Alire & Leona Gom


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