(Chapitre 1, Daniel, p. 1-11)
Il entendit les chevaux avant de les apercevoir. Et les voix :
au moins deux personnes. Il laissa tomber le seau de framboises
et s'accroupit à côté. Il pouvait sentir
son coeur qui s'était mis à cogner contre ses côtes,
la soudaine montée de sueur sous ses aisselles. Il regarda
avec inquiétude à travers les joncs, soulagé
de ne rien voir, d'être relativement bien dissimulé
en retrait de la route.
Ces gens se trouvaient maintenant juste en face de lui. Le bruit
des sabots sur la route était si fort qu'il avait l'impression
que l'on battait des mains dans ses oreilles.
« J'ai le cul en compote », s'exclama
une voix. Cette personne venait d'ailleurs. « C'est
encore loin ?
- Environ un kilomètre. On approche. » C'était
la Docteure. Il reconnaissait sa voix. Mais elle semblait nerveuse,
presque effrayée.
« Tu avais raison, soupira l'autre voix. J'ignorais
que j'étais en si mauvaise forme. »
La Docteure répondit quelque chose, mais elles avaient
maintenant dépassé le champ de framboises, regagné
une partie boisée, et Daniel ne pouvait discerner leurs
paroles.
Il abandonna le seau de framboises là où il était
tombé et se mit à courir. Les branches le fouettaient
et les broussailles le firent deux fois trébucher, mais
il se relevait d'un bond et continuait sa course. Il devait atteindre
la ferme avant les étrangères. Il glissa le long
du ravin jusqu'au lit asséché du ruisseau, en regardant
avec anxiété vers sa droite, bien qu'il sût
que le chemin croisait le ravin à un quart de kilomètre
au nord, là où la pente était moins abrupte,
et qu'il fût presque sûr que la Docteure ne quitterait
pas la route. Il grimpa de l'autre côté, faisant
rouler sous ses pieds des roches et des mottes de terre, mais
il attrapa la racine d'un bouleau qu'il savait se trouver là
et se hissa jusqu'en haut. Il n'avait pas utilisé le raccourci
depuis sa tendre enfance, mais son corps se rappelait le chemin
comme s'il l'avait emprunté le matin même. Un cupidon
des prairies se mit à voleter à ses pieds. Il sauta
par-dessus sans ralentir son allure. Il pouvait sentir la brûlure
sur le côté, mais il ne pouvait s'arrêter ;
il y était presque, plus que la clairière à
traverser et la dernière lisière de peupliers.
Il pouvait maintenant apercevoir la maison de sa tante, vacillant
entre les branches, puis il fut enfin arrivé.
Sa tante Highlands était dans le jardin, à sarcler
les pommes de terre, sa houe retombant sur un sol aussi dur et
sec que du métal. Il sauta sans faire attention par-dessus
les rangs de pois et de choux. La houe de Highlands s'immobilisa
en plein mouvement.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda-t-elle.
Il s'arrêta à trois rangs de distance et se pencha
dans sa direction, les mains sur les genoux. « Une
étrangère, dit-il d'une voix entrecoupée.
Elle arrive avec la Docteure. » Il fit un geste vague
vers l'endroit où la route pénétrait dans
la cour de ferme.
Highlands avait déjà laissé tomber la houe
et courait chez elle, sa chemise battant derrière elle
comme une aile déchirée. Il la regarda aller, son
souffle lui râtelant la poitrine. Il la vit sonner deux
fois la cloche, le signal d'alarme, puis il s'achemina en boitillant
vers la longue maison. Lorsqu'il l'atteignit, son père
ouvrait déjà la porte, et son cousin, Montney,
le fils de Highlands, arrivait en courant depuis l'autre côté
du jardin où il travaillait.
« Que s'est-il passé ? » demanda
Montney, nerveux. Cela faisait longtemps que la cloche n'avait
pas sonné l'alarme.
« Une étrangère qui s'en vient par ici
dit Daniel. À cheval. Elle est avec la Docteure. »
Son père le prit par le bras. « Allez, dit-il.
Ne traîne pas ici. » Puis il lâcha rapidement
sa main, comme s'il venait de se rappeler que Daniel avait maintenant
dix-huit ans et qu'on ne pouvait plus lui dire quoi faire comme
à un enfant. Daniel lui adressa un petit sourire, pour
signifier qu'il avait relevé l'erreur mais qu'il la tolérait.
Il aimait grandement avoir dix-huit ans, le respect soudainement
acquis, chose que Montney devrait attendre encore quelques années.
Une fois à l'intérieur, son père referma
la porte et la verrouilla.
« Les voilà ! » cria Montney
de la fenêtre, en se baissant promptement sous le rebord
et en retirant le morceau de plâtre inséré
entre le troisième et le quatrième rondin. Daniel
le rejoignit, en plissant les yeux dans la lumière du
soleil.
Elles étaient là, bon, elles mettaient maintenant
pied à terre. L'étrangère, une personne
d'âge moyen dont les longs cheveux gris formaient une tresse
d'un côté de la tête, grimaça en se
laissant glisser vers le sol. Highlands s'approcha d'elles, et
Daniel put les voir échanger des salutations, cette drôle
d'étreinte de politesse, par les épaules, le hochement
de la tête, qu'il avait dû apprendre. Quand il avait
protesté, sa mère avait insisté : « Mieux
vaut qu'elles nous trouvent bizarres plutôt qu'elles ne
découvrent des choses à ton sujet. »
Et il avait donc appris les curieuses manières qu'il était
tenu d'afficher en compagnie des étrangères, s'il
devait jamais en rencontrer. Mais il venait rarement des visiteuses
ici. Un ancêtre avait inventé un nom pour désigner
les habitantes des quatre fermes où vivaient d'autres
personnes semblables à lui - les Isolistes - afin
que les étrangères les considèrent comme
une secte religieuse et les laissent tranquilles. Cela avait
bien fonctionné. Quand venaient des étrangères,
ce qu'elles remarquaient d'inhabituel n'était pas ce qui
était vraiment inhabituel. Un fourvoiement, disait
Highlands, un tour de magie.
D'autres habitantes de la ferme s'approchaient maintenant de
la Docteure et de sa compagne, et toutes saluaient l'étrangère
avec un air sombre et les mêmes manières affectées.
Les enfants, observait-il, voulaient toutes essayer, la plupart
n'ayant pas encore eu la chance de s'exercer sur une vraie étrangère.
Daniel pouvait voir le regard anxieux que Highlands échangeait
avec leurs mères.
« Maintenant, retournez travailler ! »
cria quelqu'un, et les enfants reculèrent, ramenées
soudainement au fait que ce n'était pas un jeu. Avec la
confiance que leur procurait leur nouveau statut d'adulte, Bluesky
et sa soeur Shaw furent les seules à rester. Shaw, se
rappelait-il, s'était prévalue de la possibilité
qu'elle avait de choisir un deuxième nom et tenait maintenant
à se faire appeler Shaw-Ellen. Mais c'était Bluesky
qu'il regardait. Elle était grande et musclée,
ses épais cheveux pâles retenus par deux barrettes
rouges dégageant son visage. Il se souvenait d'elle telle
qu'elle avait été hier, dans cette même pièce,
nue au-dessus de lui, les paupières serrées et
les lèvres étirées comme si elle souffrait.
Il dut fermer les yeux pour cesser de la voir, mais il continuait
de sentir la chaleur de son érection contre sa cuisse.
« Elles entrent chez nous, je crois »,
dit son père.
Daniel rouvrit d'un coup les yeux. Highlands et la mère
de Daniel étaient déjà à l'intérieur,
et la Docteure les suivait en compagnie de l'étrangère.
Deux membres du groupe entrèrent aussi, et les autres
attendirent dehors quelques minutes en chuchotant nerveusement
avant de retourner chacune chez elle. Il crut voir Bluesky jeter
un bref regard en direction de la longue maison.
Son père se retourna et s'adossa au mur, les jambes allongées
devant lui comme deux rondins de bonne taille. Il passa distraitement
son pouce calleux sur la tête d'un clou qui commençait
à sortir du plancher à côté de lui.
Daniel se retourna, lui aussi, et s'assit en repliant une jambe
vers l'intérieur. Il ne ressemblait pas du tout à
son père ; blond et de petite constitution, il tenait
davantage de sa mère. Lourde et foncée, avec cette
grande bouche et des sourcils semblables à deux haies
surplombant ses yeux, c'était sa soeur, Mitchell, qui
ressemblait à leur père.
« Je me demande bien pourquoi la Docteure l'a amenée
ici, dit son père.
- Je ne pense pas qu'elle en avait l'intention, dit Daniel. Je
les ai entendues sur la route. Je crois que l'étrangère
a insisté pour venir.
- Elle doit soupçonner quelque chose. Merde. »
Il y avait dans sa voix une tension mêlée de crainte,
et Daniel lui jeta un regard, percevant sa peur. Son père
se frotta la joue de bas en haut, et sa barbe de plusieurs jours
produisit un son râpeux sous ses doigts.
« Tu n'as pas coupé les poils de ton visage,
l'accusa Daniel.
- Je sais, dit son père. J'ai oublié.
- Tu disais que c'était la chose la plus importante, insista
Daniel. Comment as-tu pu oublier ?
- Je sais, dit son père. J'ai oublié, un point
c'est tout.
- Elles sortent, dit Montney. Elles vont maintenant entrer dans
la maison de Mère. »
Daniel se retourna pour regarder. Il pouvait voir Highlands ouvrir
la porte de sa maison et inviter les étrangères
à entrer.
« C'est comme un genre d'inspection, dit Daniel.
- Elle ne va pas venir ici, n'est-ce pas ? demanda
Montney.
- Non, dit le père de Daniel, retrouvant un ton ferme
et confiant. Bien sûr que non. Ta mère ne la laissera
pas faire. Personne ne peut entrer dans la longue maison sans
la permission de la Leader. »
Et le fait de penser à Highlands sembla tous les rassurer.
Elle était celle sur qui ils pouvaient compter ;
elle les protégerait. Quand il était jeune, Daniel
avait parfois craint ses colères, les disputes qu'elle
avait avec son père, qui ne correspondaient pas du tout
à la manière dont un frère et une soeur
étaient censés se comporter, mais en vieillissant
il s'était mis à l'aimer de plus en plus, à
admirer son esprit vif et son assurance. Il avait un jour dit
à son père qu'il avait souhaité que Highlands
fût sa mère, et son père, le regard dirigé
vers sa mère qui, lentement, le visage tourné vers
le ciel comme une coupe s'emplissant de soleil, décrochait
lentement des vêtements de la corde à linge, lui
répondit : « Il existe des habiletés
tout aussi importantes que l'intelligence, Daniel. L'intelligence
peut te jouer des tours. Mais pas l'amour. » Daniel
eut de la difficulté à saisir toute la signification
de ces propos, mais il eut l'impression qu'un jour il en trouverait
le sens et se dit donc qu'il ferait sans doute mieux de les garder
en mémoire.
C'était tout de même Highlands que Daniel allait
voir quand il voulait parler, la choisissant de préférence
à sa mère et à son père, même
si ce qu'elle lui disait n'était souvent pas ce qu'il
voulait entendre. C'était l'approbation de Highlands qu'il
recherchait le plus, peut-être parce qu'elle n'était
pas facilement accordée.
« Qu'arrivera-t-il si elles veulent passer la nuit
ici ? demanda soudainement Montney. Il est un peu tard pour
qu'elles retournent à Fairview.
- Je ne crois pas qu'elles voudront rester, dit le père
de Daniel. Elles n'ont pas dessellé les chevaux. La Docteure
doit avoir dit à l'autre que l'hospitalité n'est
pas une de nos vertus. Et ta mère va leur montrer la remise
où se trouve le vieux lit défoncé de Cayley
et laisser sous-entendre que c'est à cet endroit qu'il
leur faudrait dormir. » Il rit, imité par Daniel
et Montney, et gloussa en pensant à la façon dont
Highlands, fière de son coup, prendrait les choses en
main.
« Malgré tout, dit le père de Daniel,
je n'apprécie pas qu'elle soit venue avec la Docteure.
Elle est peut-être docteure, elle aussi.
- Peut-être est-ce la personne dont la Docteure nous a
parlé, dit Montney. La nouvelle qu'elle avait l'intention
de former et à qui elle voulait raconter ce qu'elle sait
à notre sujet.
- Je ne crois pas, dit Daniel. Elle est trop vieille. »
Montney se leva, se mit à faire nerveusement les cent
pas autour de la pièce en prenant négligemment
au passage les livres scolaires proprement rangés en petites
piles sur les étagères. Daniel les avait tous lus,
quelques-uns plus d'une fois, et il était toujours le
premier à se jeter sur la personne qui revenait de la
cité avec des boîtes de nouveaux livres de bibliothèque.
Maintenant qu'il avait dix-huit ans, il pourrait se rendre lui-même
à la cité si la ferme lui en accordait la permission
- il pourrait, s'il le désirait, passer une journée
entière à la bibliothèque, un édifice
rempli, à ce qu'on lui avait dit, de milliers de livres.
Cette pensée le combla d'excitation. Il devrait être
prudent, bien sûr, et porter les vêtements fabriqués
spécialement pour la cité, qui étaient faits
d'un tissu plus lourd que ce qu'il avait l'habitude de porter
sur la ferme en été. Mais son père était
parfois allé en ville, et Kit de la Ferme de l'Est était
allé à Leth une semaine entière. Leth :
là où se trouvait l'université, là
où Daniel avait rêvé d'aller, avant de devoir
accepter que cela était interdit, trop dangereux pour
un mâle.
Mâle. Il avait cherché un jour dans le dictionnaire,
le même dictionnaire que Montney martelait légèrement
avec son poing. Mâle, était-il écrit,
du français moderne « mal » et
du latin « male ». 1. Mauvais, anormal,
inadapté ; 2. Sous-espèce humaine disparue
au xxie siècle.
« Elles sortent de la maison de Mère »,
dit soudainement Montney.
Daniel et son père se retournèrent, s'accroupirent
devant la fente entre les rondins et épièrent la
scène qui se déroulait à l'extérieur.
La Docteure et l'étrangère sortirent les premières,
suivies des autres, qui restèrent regroupées dans
l'entrée tandis que les visiteuses s'éloignaient
de quelques pas, avant de faire volte-face. Toutes les femmes
debout sur le seuil, dans une gracieuse et presque parfaite harmonie,
s'inclinèrent pour les saluer.
La Docteure s'inclina elle aussi, et l'étrangère,
après avoir hésité un moment, s'inclina
également, avec maladresse, en gardant la tête droite
afin de ne perdre personne de vue. Puis, toutes les deux dénouèrent
les rênes de leurs chevaux attachés à un
poteau près de la maison de Highlands, se mirent en selle
et reprirent leur route. La Docteure jeta un bref regard derrière
elle et fit un signe de la main, qu'elle voulait peut-être
furtif. Daniel sentit qu'il levait aussi la main, sans réfléchir,
pour lui retourner son salut. Il aimait la Docteure. Il aurait
souhaité pouvoir lui parler. Daniel, aimait-elle toujours
se rappeler, était le premier mâle auquel elle avait
donné naissance. Jusqu'alors, avait-elle confié
à sa mère, elle n'avait jamais cru ce que la docteure
qui l'avait formée lui avait raconté à propos
de l'existence de mâles ; elle pensait que c'était
simplement une histoire bizarre destinée à vérifier
à quel point elle était crédule. Maintenant,
bien sûr, la ferme ne voyait pas comment elle pourrait
se passer d'elle, et toutes étaient aussi inquiètes
au sujet de la nouvelle docteure à laquelle elle allait
devoir faire confiance et tout raconter qu'elles l'avaient été
au début à son égard.
« Allons-y », dit Montney en se dirigeant
vers la porte. Daniel le suivit, les pensées déjà
tournées vers le champ de framboises et le seau échappé,
à l'intérieur duquel les fourmis avaient déjà
dû se frayer un chemin.
« Attends, dit son père. Nous devons nous assurer
que ce n'est pas une feinte. »
Par la fenêtre, Daniel pouvait voir Highlands s'approcher
de la longue maison. « Ta mère s'en vient,
dit-il à Montney. Fais-la entrer. »
Montney déverrouilla la porte, et Highlands pénétra
à l'intérieur. Elle était tellement grande
qu'elle devait se pencher pour ne pas se heurter la tête.
Elle souriait. « J'ai tout particulièrement
aimé notre façon de nous incliner, dit-elle. N'avons-nous
pas été bonnes ?
- Merveilleuses, répondit le père de Daniel. Eh
bien, que voulait-elle ?
- Tout va bien. C'était la superviseure de la Docteure.
Elle a simplement décidé de se pointer pour évaluer
la charge de travail de la Docteure. Rien d'inquiétant. »
Elle posa son bras sur l'épaule de Montney, en laissant
pendre sa main et ses longs doigts fins.
« A-t-elle posé des questions au sujet des
personnes qui n'étaient pas avec vous ? demanda Daniel.
- Je lui ai dit que trois des habitantes de la ferme étaient
aux champs. Cela a semblé la satisfaire. Je crois qu'elle
avait simplement envie de nous connaître. Mais tout s'est
bien passé. La Docteure m'a fait un clin d'oeil en partant.
- Je t'avais bien dit qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter,
dit Montney au père de Daniel.
- On n'est jamais trop prudent, répliqua celui-ci.
- Tu n'as pas coupé les poils de ton visage »,
l'accusa Montney. Il se tourna vers sa mère, avec une
expression traduisant une excitation triomphante. « Il
n'a pas coupé les poils de son visage », répéta-t-il.
Highlands les regarda tous les deux froidement. « Je
vois bien ça, dit-elle. Nous devrons en faire mention
à la prochaine Assemblée, Christoph.
« Ce n'est pas juste ! » La voix de
Daniel trembla sous l'effort de tenir tête à Highlands.
Il n'avait jamais fait cela avant, pas vraiment. Mais il était
maintenant âgé de dix-huit ans, un adulte, même
s'il était un mâle. « Père était
de corvée tôt ce matin. D'habitude il n'oublie pas.
Tu ne sais pas ce que c'est, tous les matins...
- Non, Daniel, Highlands a raison, l'interrompit calmement son
père. C'est trop important pour qu'on l'oublie. »
Il détestait voir son père abandonner si facilement,
la laisser gagner sans même essayer. Il n'était
pas comme ça avant. Daniel fut soudain en colère
contre eux tous, contre son père à cause de sa
docilité et de sa déférence, contre Montney
pour l'avoir dénoncé, contre Highlands pour avoir
profité de sa position de Leader pour humilier son père.
Il pouvait sentir les muscles de ses joues qui se tendaient,
ses lèvres qui se serraient en une ligne mince, comme
si tout son visage était sous pression. Sa « face
méchante », comme sa mère avait l'habitude
de dire affectueusement quand il était enfant - mais il
était maintenant un adulte : sa colère n'aurait
plus rien d'amusant. Il se força à se calmer, baissa
les yeux vers le plancher.
Highlands ne dit rien pendant un moment, se contentant de les
regarder l'un après l'autre. Son regard se posa finalement
sur le père de Daniel. « Eh bien, il n'y a
pas de mal, je suppose, dit-elle. Tu n'es qu'un être humain. »
Son père lui sourit sèchement. « Tu
es bien aimable de le penser. »
Elle regarda alors Daniel, et peut-être parce qu'elle ne
lui dit rien, il comprit soudain avec étonnement qu'elle
était heureuse de la façon dont il avait défendu
son père, même si elle n'était pas censée
l'être - elle ne devait pas permettre un tel défi
à son autorité, pas même de la part d'un
adulte. Il se sentait troublé et mal à l'aise.
Il sentait aussi autre chose, autre chose à quoi il réfléchirait
plus tard, quand il serait seul. Il se sentait puissant...
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Alire & Leona Gom
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