(Extrait du chapitre 1, p. 5-15)
Le ciel couvert dominait le sol fissuré de la couleur
de la pierre. Un vent froid et sec soufflait, soulevant sable
et fins cailloux qui recouvraient partiellement les vestiges
d'un hameau, dépeuplé depuis si longtemps que les
habitants de l'Orsdan avaient oublié son nom. Une petite
tête ronde, couverte d'un poil brun et terne, émergea
d'un trou creusé sous un mur de pierres partiellement
effondré. Les yeux noirs et perçants scrutèrent
les environs, la truffe flanquée d'une longue paire de
moustaches remuant nerveusement.
Un martèlement, lointain d'abord mais se rapprochant rapidement,
parvint aux oreilles du rongeur. Ce dernier poussa un cri rappelant
le rire d'un humain pris de démence et rentra précipitamment
dans son terrier.
Quelques secondes plus tard, un cheval lancé au galop
apparut sur la colline qui dominait le village en ruine, la dévala
à toute allure et dépassa le trou du rongeur. Sa
crinière claquait au vent, fouettant le visage rond de
son jeune cavalier, penché sur l'encolure. Le cavalier
arriva bientôt en vue du pont de Nipao, nommé ainsi
en l'honneur du roi qui l'avait fait construire afin de permettre
à son peuple de franchir le Frasem. À présent,
le passage de pierre constituait le seul moyen de traverser le
profond ravin, les autres ponts, de bois pour la plupart, n'ayant
pas résisté à l'érosion du temps.
Entre les mèches qui dansaient devant ses yeux, le garçon
distingua, de l'autre côté de l'ancien lit du fleuve,
deux silhouettes se détachant sur le ciel gris. Aussitôt,
il tira sur les rênes de sa monture.
À l'extrémité opposée du pont se
tenaient un homme et un cheval. Le premier, de taille moyenne,
avait les cheveux courts et une barbe poivre et sel mal taillée
qui dissimulait partiellement ses joues creuses parcourues de
fines rides. Large d'épaules mais d'une maigreur famélique,
il était vêtu d'une lourde cotte de mailles poussiéreuse.
Une épée massive pendait à son côté.
Quant à son cheval, dont la crinière noire était
inextricablement emmêlée, ses os saillaient sous
sa robe jaune et sale.
Le guerrier apostropha le jeune homme :
« Holà, mon garçon ! Te voici bien pressé
! »
L'interpellé agrippa la poignée de sa dague. La
lueur fiévreuse qui brillait dans les yeux noirs de l'autre
ne lui inspirait guère confiance.
« À foncer ventre à terre, tu vas épuiser
ta monture avant même d'avoir motif à fuir !
poursuivit le guerrier d'une voix forte, qui couvrait le sifflement
du vent.
- Est-ce que c'est vous qui allez me donner une raison de filer
? répliqua le garçon d'une voix craintive.
- J'ai plus important à faire que de m'attaquer à
un gamin sans défense, dit son interlocuteur en haussant
les épaules.
- Alors pourquoi vous me bloquez le passage ?
- Pourquoi crois-tu que je bloque ton passage ? Si tu entendais
quelqu'un galoper derrière toi, tu t'arrêterais
aussi pour voir de quoi il retourne... et en découdre
si nécessaire. »
L'homme posa la main sur le pommeau de son épée.
Le garçon blêmit.
« Vous avez dit que vous n'attaquez pas les gamins sans
défense ! protesta-t-il d'un ton affolé.
- Sauf s'ils le souhaitent... Est-ce que tu veux te battre, gamin
? »
Ce dernier lâcha aussitôt sa dague.
« C'est bien ce que je pensais, soupira le guerrier. Un
enfant qui n'a jamais quitté les jupes de sa mère. »
Il vérifia la sangle de sa selle et grimpa sur le dos
de sa monture, qu'il fit virevolter en direction de l'ouest.
Le garçon, dont le teint clair s'était empourpré,
lança :
« J'ai déjà vécu beaucoup d'aventures
!
- C'est évident, répliqua l'autre d'un ton sarcastique.
Et comme tu as beaucoup d'expérience, tu as sans doute
déjà remarqué que des hommes te suivent ! »
Le jeune homme blêmit de nouveau et scruta nerveusement
les collines environnantes.
« Où sont-ils ?
- Tu ne les verras pas : ils sont passés maîtres
dans l'art de se marier avec la grisaille du désert.
- Comment vous faites pour savoir qu'ils sont là, alors
? s'enquit le garçon.
- Je le sais, c'est tout. Ils traquent quiconque s'aventure ici.
- Et vous ne faites rien ? »
Les yeux bruns du garçon fixaient de nouveau l'épée
de l'homme. Ce dernier haussa les épaules.
« Tant qu'on ne me cause pas de tort, je n'en inflige pas
en retour. »
Il talonna sa monture, qui s'éloigna au pas. Tout à
coup, la sangle de sa selle céda et glissa, déséquilibrant
le cavalier. Ce dernier poussa un juron sonore avant de heurter
le sol rocailleux dans un tintement métallique. Il se
releva en grommelant et en s'époussetant, tandis que son
cheval s'immobilisait docilement. Le guerrier flanqua un coup
de pied à sa selle, puis se tourna vers le garçon,
toujours de l'autre côté du ravin.
« Qu'est-ce que tu as à me regarder, toi ? demanda-t-il
d'une voix hargneuse.
- Ri... rien, rien, balbutia son interlocuteur en rentrant la
tête entre les épaules.
- Alors passe ton chemin ! »
Le garçon remit sa monture en route d'un pas lent, franchit
le pont de Nipao et dépassa l'homme furieux qui examinait
sa selle brisée en jurant. Il parcourut une courte distance
et sentit ses cheveux se dresser sur sa nuque et les battements
de son coeur accélérer. Il voulut se raisonner,
chasser les paroles de l'inconnu de sa mémoire, en vain
: il avait l'impression désagréable d'être
observé. Les histoires que ses collègues serviteurs
racontaient à propos de malheureux voyageurs qui s'étaient
fait massacrer dans le désert par des Exilés enragés
se rappelèrent à son esprit. Ce n'était
pas pour rien que les habitants de l'Orsdan surnommaient l'endroit
« le Mangeur d'âmes » : en cela,
ils faisaient référence aux nombreuses personnes
qui s'étaient aventurées dans l'Abomination de
Danar et n'en étaient jamais revenues, tuées par
les êtres corrompus qui y rôdaient dans l'attente
du pardon du dieu Danar. Le garçon fit tournoyer sa monture
et revint vers l'homme. Ce dernier, qui s'était agenouillé
et tenait les deux bouts de la sangle brisée entre ses
mains, leva vers lui un visage hostile.
« Qu'est-ce que tu veux ? s'enquit-il sèchement.
- Je... je peux vous aider, bégaya le garçon.
- Ah oui ? Tu veux me servir de selle ? »
Le jeune homme envisagea brièvement d'abandonner à
son sort un si désagréable individu. Cependant,
la perspective de traverser seul le reste du désert le
convainquit de rester.
« Je suis écuyer, dit-il. Je sais réparer
une sangle brisée. »
Bien que le visage de l'homme traduisît toujours un certain
mépris, une étincelle d'intérêt s'alluma
dans ses yeux noirs.
« Je suppose qu'en échange tu veux de l'or ? »
Le garçon secoua la tête.
« Seulement que vous m'accompagniez jusqu'à la fin
du désert. »
L'homme gratta pensivement sa joue râpeuse.
« Une sangle contre une escorte ? Pourquoi pas ? Tu vas
vers l'ouest, toi aussi ? »
Le jeune écuyer répondit par l'affirmative.
« Très bien, mon garçon. Répare-moi
cette courroie, que nous reprenions la route. »
Le jeune homme descendit de son cheval, fouilla brièvement
dans les sacs accrochés à sa selle, en tira une
grosse aiguille et du fil épais. Il entreprenait de recoudre
la sangle quand un hurlement suraigu retentit. Il lâcha
son aiguille, se releva et tira nerveusement sa dague.
Son interlocuteur esquissa un rictus moqueur.
« Ce n'est qu'une vulgaire martesh ! Tu ne dois pas t'être
éloigné si souvent que cela des jupes de ta mère
pour ne pas reconnaître son cri !
- Je sais très bien ce qu'est une martesh », se
hérissa le jeune homme en rengainant son arme.
Il reprit son ouvrage. Lorsqu'il eut terminé, il posa
la selle sur le dos de la monture de l'homme, rattacha la courroie
et dit :
« Vous devriez vous acheter une nouvelle selle. Le cuir
a durci à plusieurs endroits, et la sangle pourrait se
briser à nouveau.
- Elle tiendra bien le temps que nous traversions l'Abomination.
»
L'homme enfourcha son cheval. Avisant l'écuyer toujours
à terre, il demanda :
« Alors, mon garçon, qu'attends-tu ? »
Le jeune homme se hâta de monter en selle et lança
:
« Au fait, je m'appelle Jan. Et vous ?
- Enrir. »
Il mit sa monture au trot et passa devant Jan, qui lui emboîta
le pas. Seuls le vent et la cadence monotone produite par les
sabots de leurs montures troublèrent le silence du Mangeur
d'âmes.
*
La nuit glaciale succéda à la grisaille diurne.
La pâle lumière produite par le croissant de lune
et les étoiles éclaira une ferme abandonnée.
Enrir immobilisa son cheval et en descendit, dégaina son
épée et pénétra dans l'habitation
par l'entrée dont la porte pendait mollement sur le côté,
retenue au mur par une seule penture.
Jan resta sur sa monture, les doigts crispés autour des
rênes au point d'en avoir les jointures blanches. Il lui
semblait qu'une éternité s'était écoulée
depuis que le guerrier était entré dans la ferme.
Et si ses mystérieux poursuivants lui avaient tendu un
piège ? Et s'ils profitaient de l'absence d'Enrir
pour l'attaquer ? Et si ? Et si ? Néanmoins,
bien que son angoisse le harcelât sans répit par
ses suppositions, Jan devait se rendre à l'évidence :
il n'y avait aucun mouvement suspect dans les environs.
Le guerrier ressortit de la ferme et considéra le garçon
d'un air agacé.
« Qu'est-ce que tu attends pour venir ? À moins
que tu ne préfères passer la nuit dehors... »
Jan ne se le fit pas dire deux fois. Il quitta le dos de sa monture
et la mena jusqu'à la ferme. Tandis qu'il s'occupait de
la desseller, Enrir faisait de même avec la sienne. Ensuite,
Jan entra dans la ferme. Le sable s'était accumulé
en petits tas sur le sol de terre battue et le vent avait dispersé
la paille qui recouvrait naguère les poutres du toit encore
en place. Une section du mur du fond s'était écroulée,
bloquant l'accès à une pièce qui avait dû
tenir lieu de chambre. Une table et de la vaisselle brisée
disparaissaient sous une couche de gravats.
« Je me demande qui vivait ici, commenta Jan d'un ton songeur.
- En quoi cela te concerne-t-il ? rétorqua Enrir, qui
fouillait dans l'une de ses besaces. Cette masure est abandonnée
depuis des siècles et nous pouvons y passer la nuit. Voilà
tout ce qui importe. »
Il sortit un morceau de viande séchée, en prit
une bouchée, mastiqua longuement, l'avala puis grimaça.
Il prit sa gourde et but une longue rasade d'eau. Jan le fixa
un moment, un pli profond creusant son front lisse, puis il constata :
« Vous n'êtes pas très gentil !
- Tu en prends conscience seulement maintenant ? releva Enrir.
Tu es encore moins futé que tu n'en as l'air ! »
Il continua son repas en ignorant ostensiblement le garçon.
Ce dernier demeura un instant piqué près du guerrier,
les sourcils froncés et la bouche ouverte, à la
recherche d'une réplique appropriée. N'en trouvant
aucune, il finit par se détourner de l'homme et par prendre
son petit bagage. Il en sortit un morceau de pain sec qu'il grignota.
Une fois que les deux cavaliers eurent mangé et étendu
leur couverture de laine sur le sol de la ferme, Enrir tira de
ses sacs de voyage une pipe, qu'il bourra d'herbes séchées
auxquelles il mit le feu. Une odeur âcre se répandit.
Jan commenta d'un ton désapprobateur :
« Les Purs n'approuvent pas qu'on consomme des produits
qui embrouillent l'esprit. »
Entre deux bouffées, Enrir répliqua :
« Ça m'aide à dormir. »
Le jeune homme ne dit rien. Un long moment passa. Le silence
devenait pesant et Jan sentit la peur affluer en lui. Il voulut
s'en distraire en demandant à l'homme :
« Qu'est-ce que vous faites dans le désert ?
- Après vingt ans d'absence, je me suis dit qu'il était
peut-être temps que je rentre chez moi.
- Par Danar ! s'exclama Jan. Je n'ai même pas encore vécu
aussi longtemps ! Pourquoi êtes-vous parti pendant
toutes ces années ? Et où êtes-vous
allé ? »
Le guerrier aspira une nouvelle bouffée d'herbes odorantes
au lieu de répondre. Ses yeux se perdirent dans le vague.
« Qui sont les Mentors à présent ? interrogea-t-il.
- Dan-Tepurem est le Mentor des Enfants-rois. Et ceux-ci sont
les descendants de... »
Enrir le coupa d'une voix impatiente :
« Les Enfants-rois sont tous pareils : gâtés
et égoïstes. Dis-moi plutôt qui sont les autres
Mentors.
- Les Enfants-rois sont justes et bons ! s'indigna Jan. Ils règnent
sagement sur le peuple et le guident par leur innocence !
Ils sont des modèles de pureté ! »
Pris d'un doute subit, il dévisagea Enrir. Le sang se
retira de son visage.
« Vous êtes un Exilé ! s'écria-t-il.
Ce sont les pécheurs qui blasphèment, les Purs
le disent ! »
Il bondit sur ses pieds, ramassa ses affaires et se dirigea vers
la sortie.
« Et où crois-tu aller ? l'interpella Enrir. Sais-tu
seulement dans quelle direction est l'ouest ?
- Je trouverai ! dit le jeune homme. Danar guidera mes pas !
- À ta guise. »
Enrir exhala une bouffée de fumée.
Jan franchit l'ouverture et fit quelques pas devant lui. Le sol
désertique paraissait blanc sous l'éclairage de
la lune. Dans le lointain, le cri étrange d'une martesh
s'éleva. Jan tressaillit. Qui pouvait dire quels dangers
se dissimulaient derrière les collines environnantes ?
Il réintégra à toute vitesse l'intérieur
de la maison en ruine.
Enrir ne se donna même pas la peine de lever la tête
vers lui. Il fumait sa pipe d'un air pensif.
« Prouvez-moi que vous n'êtes pas un Exilé
! ordonna Jan.
- Pourquoi devrais-je obéir à un simple écuyer
?
- Parce que... parce que... »
Le garçon cherchait désespérément
un argument.
« Parce que je tiens à la pureté de mon âme
! finit-il par dire.
- Ah, oui, la fameuse pureté, commenta Enrir avec un sérieux
affecté. Si tu es si assuré que ton âme est
pure, c'est que tu as passé l'Épreuve de l'Innocence.
Tu es assez vieux pour ça.
- Je l'ai réussie haut la main ! » dit fièrement
Jan.
Il roula la manche de sa houppelande brune. Sur son bras droit
apparaissait la lettre « I » marquée
au fer rouge, signe qu'il était reconnu comme exempt de
corruption.
« Pouvez-vous en dire autant ? poursuivit le garçon
d'un ton de défi.
- Si cela t'amuse », répondit Enrir.
Il posa sa pipe et remonta la manche droite de la chemise mouchetée
de taches de rouille qu'il portait sous sa cotte de mailles.
Jan écarquilla les yeux à la vue de la lettre qui
ornait le bras de l'autre et tomba à genoux, face contre
terre.
« Par... pardon, bafouilla-t-il. Je ne savais pas que vous
étiez Pur, Dan-Enrir !
- Relève-toi, abruti, ordonna l'homme, agacé, tout
en recouvrant la lettre « P » imprimée
dans sa chair. Je ne suis pas plus un membre de la caste des
Purs que toi !
- Mais... mais cette lettre ? dit Jan, une expression ahurie
sur son visage bonhomme.
- Une vieille histoire qui, comme toutes les vieilles histoires,
ne mérite qu'une chose : sombrer dans l'oubli, dit-il
avec une pointe d'amertume. Reviens t'asseoir et réponds
à ma question : qui sont les quatre autres Mentors ? »
Jan s'exécuta, ne sachant trop que penser. Avait-il devant
lui un membre de la caste des Purs ? Pourtant, aucun de ceux
qu'il avait rencontrés ne ressemblait à Enrir,
ne s'habillait comme lui et, surtout, ne blasphémait comme
lui. Il refusait même le titre de « Dan »,
que tous les Purs ajoutaient à leur nom pour signifier
qu'ils étaient les disciples et les messagers de Danar.
À tout le moins, le garçon pouvait trouver un certain
réconfort dans l'idée que l'homme qui l'escortait
n'était pas un Exilé. Son âme n'était
donc pas en péril en sa présence... bien que Jan
n'en fût pas absolument certain.
« Les autres Mentors sont Dan-Alafem, Dan-Kosir, Dan-Ganan
et Dan-Zilan. Ils sont très vieux et très sages
et ils quittent rarement leurs appartements. Le Mentor Dan-Tepurem
les tient informés des affaires du royaume.
- Ainsi, commenta Enrir après avoir absorbé une
bouffée d'herbes odorantes, Dan-Tepurem détient
le pouvoir.
- Que voulez-vous dire ? Le Mentor Dan-Tepurem se fait la voix
des Mentors et prodigue aux Enfants-rois les conseils que les
cinq ont approuvés ! » protesta Jan.
Enrir se pencha vivement vers le jeune homme, qui recula instinctivement.
« Et toi, petit serviteur, qui es-tu pour en savoir autant
? Les simples écuyers ne sont généralement
pas au courant du fonctionnement du conseil des Mentors. Quel
seigneur sers-tu donc ? »
Jan se mordit les lèvres.
« Je ne travaille pas pour un seigneur, je suis assigné
au palais. J'entends les rumeurs qui y circulent...
- As-tu d'autres rumeurs à partager ? » s'enquit
Enrir en fixant le jeune homme de son regard pénétrant.
Le teint de Jan vira au cramoisi. Conscient d'en avoir déjà
trop dit, le garçon secoua vigoureusement la tête.
« Très bien, dit Enrir, garde tes petits secrets
pour toi. »
Il esquissa un rictus railleur, vida sa pipe et la rangea. Ensuite,
il s'enroula dans sa couverture de laine, son épée
blottie contre lui.
Jan l'imita, soulagé que l'entretien ait pris fin. Il
fut long à trouver le sommeil. La menace invisible des
poursuivants et le sentiment d'urgence qui le gagnait chaque
fois qu'il évoquait sa mission l'empêchaient de
goûter à un repos nécessaire.
Une semaine plus tôt, il avait été éveillé
en sursaut au beau milieu de la nuit, dans les écuries
du palais royal de l'Orsdan. Il s'était dressé
sur sa paillasse. Les paupières lourdes, il avait découvert
une frêle silhouette drapée d'une cape noire.
« Votre Majesté ! s'était-il exclamé
avant de s'agenouiller en catastrophe, le front contre la paille
de son matelas.
- Pas si fort ! l'avait coupé son visiteur de sa voix
fluette. Tu tiens absolument à réveiller tout le
monde ? »
Jan avait secoué la tête et jeté un coup
d'oeil nerveux autour de lui. Cependant, hormis les sentinelles
postées sur le chemin de ronde et les chevaux dont il
partageait le logis, il n'y avait personne dans les environs.
« J'ai une mission à te confier, avait enchaîné
Christen dans un chuchotement affolé. Tu dois aller immédiatement
chercher de l'aide. Cette nuit, quelqu'un a tenté de pénétrer
dans ma chambre. Il n'y avait aucun garde à ma porte pour
l'en empêcher ! Heureusement, Sotem est passé
me voir pour s'assurer que je n'avais besoin de rien, ce qui
a fait fuir l'inconnu ! Jan, l'assassin fait partie des
gens du palais ! Il me faut donc trouver quelqu'un de l'extérieur
pour me protéger ! »...
© 2008 Éditions
Alire & Héloïse Côté
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