L'Homme trafiqué
(Les Débuts de F)
de
Jean-Jacques Pelletier
(Extrait : Printemps 1978, p. 3-13)
Rio das Mortes, Brésil
À l'extrémité de la rivière, le
ciel faisait une trouée dans l'épaisse couverture
de la forêt. Le soleil tombait sur l'horizon et ses rayons
se noyaient dans une eau couleur de sang.
L'homme avait les bras et les jambes en croix à la manière
d'un parachutiste qui plonge. Immobile, il semblait flotter,
à plat ventre, au-dessus de la rivière.
L'eau montait.
Ses chevilles et ses poignets étaient retenus par des
cordes attachées aux branches d'un arbre gigantesque qui
surplombait le cours d'eau.
À côté de lui, deux autres corps étaient
attachés, chacun un peu plus près de l'eau, dans
la même position.
L'eau montait toujours.
Maintenant, elle avait presque rejoint le corps le plus bas.
Un corps plus petit que les deux autres et dont les cris, entrecoupés
de hoquets, allaient se perdre sur l'autre rive.
Il aurait suffi que l'homme réponde à une question,
une seule, pour qu'on les détache. Qu'ils soient tous
délivrés. Mais il ne pouvait pas.
Brusquement, ils se mirent tous les trois à crier. À
se débattre.
L'eau, qui venait d'atteindre le plus petit des corps, bouillonnait
avec d'horribles gargouillis, comme si elle était tout
à coup devenue vivante.
Très vite, le corps disparut.
Puis la surface rougie de la rivière redevint calme.
Et l'eau continuait de monter.
L'homme attaché voyait des poissons au dos gris vert s'agiter
nerveusement sous lui. Les orages des derniers jours, qui avaient
gonflé le cours d'eau, semblaient les avoir affolés.
On lui reposa la question.
Il eut beau crier, se tordre, promettre n'importe quoi: en vain.
Il ne connaissait pas la réponse.
Ses muscles, épuisés par le poids de son corps,
devenaient de plus en plus lourds. Il avait de la difficulté
à respirer.
Sans avertissement, l'eau recommença à s'agiter.
Le deuxième corps se débattit avec plus de vigueur.
Un peu plus longtemps aussi.
Mais l'homme ne savait toujours pas la réponse.
Et l'eau montait.
L'agitation, les cris, puis les gargouillements s'éteignirent.
La surface rougie de la rivière redevint calme. Seules
quelques rides troublaient encore les reflets du soleil couchant.
On lui posa de nouveau la question.
À force de lutter, ses membres n'étaient plus que
douleur. Chaque gorgée d'air était le fruit d'un
combat, d'un effort qui lui tordait tous les muscles.
Et l'eau montait.
Elle montait vers lui régulièrement.
À quelques pouces de ses yeux, il pouvait voir les poissons
qui le dévisageaient au passage. Le rouge orangé
du ventre leur remontait jusque sous la gueule.
Une dernière fois, on lui reposa la question. Mais il
ne connaissait toujours pas la réponse. Il ne l'avait
jamais sue.
Et l'eau le rejoignit.
Il sentit instantanément la douleur exploser dans son
corps. Depuis le bas du ventre, elle remonta jusqu'à sa
gorge. Au même instant, il y eut un immense fracas, comme
si la rivière lui explosait tout entière au visage.
Le rouge devint noir. Et le noir l'avala.
La pluie de gouttelettes acheva de retomber.
À la surface de la rivière, des centaines de poissons
morts flottaient sur le dos, gueule ouverte, les mâchoires
crispées sur un dernier coup de dents qui ne viendrait
jamais. Le soleil scintillait doucement sur les écailles
de leur ventre orangé.
Les cordes, attachées aux branches de l'arbre, continuaient
de pendre mollement dans l'eau.
Ramat Gan, Israël
Il arrivait directement de Londres. C'était l'homme
le plus puissant du Syndicat. La réunion avait été
convoquée à sa demande.
Il s'assit dans le fauteuil, au bout de la table, et posa l'énorme
diamant bleuté devant lui. Ce n'était pas de la
provocation. Simplement de l'aisance. Le diamant n'était
pas une copie. Ils le savaient tous. Même si, officiellement,
l'original était exposé au Louvre.
- Ma visite n'est pas pour vous une surprise totale, je présume,
se contenta-t-il de dire en guise d'introduction.
Puis il prit le temps de les balayer du regard, de contempler
leur inquiétude. Quinze des personnalités financières,
politiques et militaires les plus influentes d'Israël. Tous
des hommes. Ils étaient au dernier étage de l'une
des deux tours de la Bourse du diamant, à Ramat Gan, aux
portes de Tel-Aviv.
Il y avait le premier ministre, le ministre de la Défense
et le président de la Bourse du diamant. Lui, songea l'homme
de Londres, c'était sans doute un des principaux architectes
du complot israélien.
Il y avait également trois des plus importants banquiers
du pays, deux militaires haut gradés, plus quelques autres
ministres apparemment convoqués en catastrophe et qui
paraissaient encore sous le coup de l'étonnement.
Il y avait aussi le représentant officiel du Mossad ainsi
que l'homme à l'oeil de pirate. Ce dernier, même
s'il n'occupait plus aucune fonction officielle, était
encore une des personnalités les plus en vue du pays.
On l'avait sûrement consulté avant de se lancer
dans une telle aventure.
Finalement, au bout de la table, il y avait un rabbin vêtu
du costume traditionnel. C'était le seul que l'homme de
Londres ne connaissait pas. Le seul sur qui ses services de renseignements
n'avaient pu lui fournir de dossier avant la réunion.
Peut-être un obscur fonctionnaire, songea-t-il d'abord.
Puis il se ravisa: c'était probablement le chien de garde
des groupes religieux ultra-orthodoxes. La rumeur voulait qu'en
échange de leur appui à la coalition gouvernementale,
ils aient obtenu le droit de placer des observateurs un peu partout
dans l'appareil politique.
- Pour ne rien vous cacher, reprit le représentant du
Syndicat, Londres a suivi vos récentes initiatives avec
un certain agacement. Un agacement qu'il convient de circonscrire.
- Qu'est-ce que vous voulez, au juste? l'interrompit un des militaires.
L'homme de Londres prit le temps de regarder son contradicteur
et de lui sourire. Son sourire était légendaire.
On racontait que, lorsqu'il voulait éviter une question,
il souriait. On racontait aussi qu'il souriait presque toujours.
- Je suis certain que vous auriez intérêt à
écouter jusqu'au bout, dit-il de sa voix feutrée,
comme s'il s'efforçait de parler plus doucement encore.
Le militaire amorça une réplique, mais un signe
du premier ministre le fit taire.
Le Syndicat, comme on l'appelait le plus souvent en Israël,
avait la main haute sur quatre-vingt-cinq pour cent du commerce
mondial du diamant. Il contrôlait tout, depuis les mines
d'Afrique du Sud jusqu'aux luxueuses boutiques de New York ou
de Paris, en passant par les ateliers de Calcutta, d'Anvers et
de Tel-Aviv. Rien ne lui échappait.
Constitué en grande partie de Juifs malgré son
siège social en Afrique du Sud et son origine remontant
à l'empire colonial britannique, ce réseau de courtiers,
de banques, de distributeurs, d'ateliers et de revendeurs avait
maintenant la dimension d'un empire supranational. On le donnait
pour l'exemple type du monopole réussi: cinquante ans
de contrôle absolu sur le prix et la distribution mondiale
du diamant.
Inutile de dire que toute l'activité de cet empire tournait
autour d'une préoccupation majeure: protéger le
«pipeline». Voir à ce que rien ne vienne entraver,
à aucune étape, la délicate alchimie qui
transformait des morceaux de carbone cristallisé en symboles
de richesse, de pouvoir et d'amour éternel.
Or, ce qu'avait fait Israël, c'était justement de
bloquer le «pipeline». D'introduire dans cette tuyauterie
raffinée une dérivation qui envoyait les diamants
s'accumuler dans les coffres des banques israéliennes.
Une partie de plus en plus importante des stocks n'atteignait
jamais le marché. Tout le savant équilibre élaboré
par le Syndicat entre l'offre et la demande menaçait de
s'écrouler.
Pour le Syndicat, les conséquences s'annonçaient
catastrophiques: au mieux, ce serait la perte d'une part significative
de son monopole aux mains d'Israël; au pire, la ruine pure
et simple à cause de l'effondrement du cours du diamant.
Dans les deux cas, c'était la fin du Syndicat tel qu'il
existait.
La réaction de l'homme de Londres était compréhensible
et le premier ministre ne savait que trop bien où celui-ci
voulait en venir. C'est sans véritable surprise qu'il
écouta la suite de son discours.
- Jusqu'à maintenant, nous avons toujours respecté
la même politique: à toutes les cinq semaines, nos
trois cent quarante-deux intermédiaires exclusifs viennent
chercher le lot que nous leur avons attribué et ils le
redistribuent. Moyennant profit. Un profit raisonnable. Et ils
le redistribuent à nos conditions. En respectant les consignes.
Ils savent qu'il y a toujours un grand nombre de candidatures
sur la liste d'attente. Beaucoup de gens ne demanderaient pas
mieux que de prendre leur place C'est ainsi que le système
fonctionne. Et il fonctionne parce que nous contrôlons,
à peu de chose près, la totalité de la distribution
mondiale. C'est ce qui nous permet de constamment ajuster l'offre
à la demande, de mettre sur le marché juste un
peu moins que ce que les consommateurs sont prêts à
acheter. Les années de grande production, on retient une
partie des nouveaux stocks; les années de faible production,
on écoule une partie des réserves. Toujours pour
s'ajuster à la demande. Juste un peu au-dessous, pour
être exact. Ainsi, les prix augmentent régulièrement.
Peut-être pas de façon spectaculaire, mais régulièrement.
L'homme de Londres fit une pause avant de poursuivre. Personne
n'en profita pour placer un mot.
- Bref, reprit-il, nous préférons de beaucoup un
profit sûr, garanti sur une longue période, à
une flambée des prix qui gonflerait les revenus pendant
quelques mois - quelques années peut-être - mais
qui détruirait le système.
Il ralentit alors son débit, accentuant les pauses entre
certains mots.
- C'est ici qu'intervient votre initiative. Des acheteurs de
chez vous, soutenus par des banques israéliennes, se sont
mis à accumuler des stocks. À acheter tout ce qu'ils
pouvaient. Nous avons beau mettre de plus en plus de diamants
sur le marché, ils ne se rendent pas aux consommateurs.
Et les prix montent. Beaucoup trop. Beaucoup trop vite. Cela
crée un inconvénient.
Maintenant qu'il arrivait aux événements les plus
récents, il pouvait lire l'intérêt sur leurs
visages, un intérêt nuancé d'appréhension.
Sous sa fine moustache grise, son sourire s'affila un peu plus.
- Ma présence ici a pour but d'apporter un correctif à
cet inconvénient. Je suis certain que nous parviendrons
à une entente. Mais d'abord, laissez-moi vous faire état
des mesures que j'ai déjà prises. Premièrement
Il s'interrompit.
Quelqu'un venait de pénétrer dans la pièce
et de murmurer quelque chose à l'oreille du rabbin. Ce
dernier esquissa un imperceptible sourire et l'homme de Londres
eut l'impression, l'espace d'une seconde, d'être transpercé
par un regard froid et acéré. Mais, l'instant d'après,
le regard du rabbin avait retrouvé son attention tranquille
et poliment intéressée.
L'homme de Londres poursuivit son histoire.
- Premièrement, les quatre-vingt-neuf courtiers qui ont
enfreint nos consignes en vous revendant leur part ont été
rayés de la liste de nos intermédiaires accrédités.
Ils apprendront la nouvelle dans les prochains jours, lorsqu'ils
se présenteront pour recevoir leur lot habituel. Cela
devrait avoir un effet prophylactique chez les autres Ensuite,
une nouvelle hausse des prix de trente pour cent s'ajoutera à
celle de quarante pour cent du mois dernier. Il s'agit encore
une fois, bien sûr, d'une hausse temporaire. Je suppose
que vous saisissez les implications de cette mesure. Une augmentation
temporaire. Qui peut être annulée à tout
moment Je suis curieux de savoir quelle sera la réaction
de vos banquiers lorsqu'ils sauront qu'ils ont en garantie des
pierres dont la valeur peut tomber de la moitié du jour
au lendemain. Cela créera un certain problème de
liquidités. Avec l'inflation qui a déjà
cours dans votre pays Sans parler des faillites qui ont récemment
eu lieu Et, si vous essayez de liquider vos stocks trop vite,
le prix du diamant va s'écrouler. Vous allez perdre encore
plus. Je ne serais pas autrement étonné que toute
votre économie finisse par Enfin, vous comprenez. Surtout
que les banques étrangères, elles aussi, vont probablement
accentuer leurs pressions. Que l'inflation va augmenter de plus
en plus vite
L'homme de Londres s'arrêta de nouveau: à la fois
pour les tenir en haleine et pour prendre le temps d'observer
le rabbin. Voir s'il pourrait retrouver ce regard inquiétant.
En vain. Le rabbin le fixait avec le même intérêt
contenu et poli qu'au début.
Sans être parvenu à dissiper totalement son malaise,
l'envoyé du Syndicat reprit:
- D'après moi, il ne sera pas nécessaire d'aller
jusqu'à appuyer certains de vos voisins dans leurs revendications
territoriales, ni de soutenir monétairement leurs luttes.
Je suis certain que nous allons parvenir à nous entendre.
Pendant que l'envoyé du Syndicat parlait, le vieux rabbin
admirait son habileté. Si seulement les politiciens et
les militaires avaient écouté ses avertissements!
Mais non! Ils étaient pressés. Ils avaient voulu
faire vite. Et le Syndicat avait réagi. Une réaction
brutale. Toute la structure financière du pays menaçait
de s'effondrer!
Maintenant que l'opération s'écroulait, bien sûr,
tout le monde s'en lavait les mains. C'était son plan
à lui, c'était lui qui l'avait conçu: c'était
donc de sa faute.
Son plan!
Il ne le reconnaissait plus, son plan, tellement les politiques
et les militaires l'avaient trituré! Ils avaient chambardé
le calendrier des événements, modifié l'ampleur
des interventions, précipité les échéances
Avec le résultat prévisible: une perte sèche
de plusieurs milliards, des dizaines d'institutions financières
ruinées ou en difficulté - sans compter que le
pays restait avec un fabuleux stock de diamants sur les bras.
Des diamants qu'il ne pourrait pas écouler avant plusieurs
années. Et encore, ce serait à perte.
Un désastre national, avait résumé le premier
ministre.
Pourtant, il y avait encore une chance de tout sauver. De prendre
une revanche éclatante. Il venait juste d'en recevoir
la confirmation.
Au Brésil, ils avaient retrouvé Kat: en état
de choc, à demi noyé, mais vivant. Malgré
des blessures sérieuses, il s'en tirerait. Ils l'avaient
récupéré de justesse.
Au cours de l'opération de sauvetage, la plupart des adversaires
avaient subi des «désagréments extrêmes».
Un seul semblait s'en être tiré: Athanase Bort.
Un des contractuels les plus réputés du Syndicat.
L'homme que tout le monde dans l'univers du renseignement, en
Israël, appelait le Rabbin, avait déjà eu
affaire à Bort. C'était un adversaire redoutable.
Pas étonnant qu'il ait réussi à s'échapper.
Peut-être avait-il simplement disparu dans l'explosion
de la rivière, avaient suggéré les analystes.
Mais le Rabbin jugeait plus prudent de le considérer vivant
jusqu'à preuve du contraire.
Désormais, le Rabbin allait concentrer toutes ses énergies
à sa revanche. Ce serait une entreprise de longue haleine,
une entreprise qui exigerait de lourds sacrifices de sa part.
Le vieil homme ne le savait que trop.
Tout de suite après la réunion, il mettrait ses
affaires en ordre et il s'envolerait pour une destination connue
de quelques personnes seulement. Pendant plusieurs années,
pour l'ensemble du monde, il disparaîtrait. Il ne remettrait
plus un pied dehors. Ses dispositions étaient déjà
prises. Là où il allait, il y avait peu de chances
qu'on le retrouve. La haute direction du Mossad avait approuvé
les grandes lignes de son projet. Pour le reste, il avait exigé
qu'on lui fasse confiance. Personne ne connaissait l'endroit
exact où il allait se réfugier. Avant de partir,
il ne lui restait qu'à obtenir l'autorisation finale des
politiques. Une autorisation pour la forme. Dont il n'y aurait
de trace nulle part, et dont tout le monde se dépêcherait
de nier l'existence si jamais les choses tournaient mal.
Au début de la réunion, le Rabbin avait eu un moment
d'inattention. Il n'avait pas contrôlé son regard
et l'homme de Londres s'était tout de suite aperçu
de quelque chose. Mais l'Israélien s'était immédiatement
repris. Et, même si l'autre l'avait ensuite observé
à plusieurs reprises, il n'avait vu que les yeux attentifs,
un peu fatigués peut-être, d'un vieux rabbin.
Le reste de la rencontre se déroula rapidement. Le Syndicat
offrit d'aider les banques israéliennes à éponger
leurs pertes financières en rachetant une partie de leur
stock de diamants. Il promit également de ne pas forcer
la fermeture de la Bourse de Tel-Aviv.
En échange, Israël autoriserait l'organisation à
laisser des «conseillers» sur place pour voir à
ce que les accords et les quotas soient respectés. Bien
sûr, il n'y aurait aucune aide du Syndicat aux pays arabes.
Avec les années, les choses pourraient reprendre leur
cours normal. Les profits retrouveraient leur croissance régulière.
Ce serait la prospérité. Pour certains un peu plus
que pour d'autres. Mais, comme l'expliqua ironiquement l'homme
de Londres, en ce bas monde, rien n'est jamais parfait.
Ils furent rapidement d'accord. Ce qui était prévisible.
Les révélations de l'homme de Londres ne leur laissaient
aucun choix.
Sitôt la réunion terminée, le Rabbin fut
convoqué chez le premier ministre pour expliquer l'essentiel
de son nouveau plan. Deux heures plus tard, il avait obtenu de
ce qu'il voulait.
Bien sûr, on ne lui faisait pas totalement confiance. Mais,
comme le Rabbin l'avait prévu, ils n'avaient pas d'autre
solution. Ils lui donneraient les crédits qu'il demandait.
De toute façon, ils ne pourraient pas les utiliser avant
longtemps, ces fameux crédits. Parce que c'était
de diamants qu'il avait besoin. Et des diamants, Israël
en avait maintenant à ne plus savoir qu'en faire. Il se
passerait des années avant que le pays puisse mettre sur
le marché la moitié des réserves dont il
disposait. C'était ça, d'ailleurs, qui faisait
la beauté de son plan: il utiliserait cette fabuleuse
réserve de pierres précieuses sans avoir à
vraiment les mettre sur le marché!
À peine sorti de cette deuxième réunion,
le Rabbin téléphona à un de ses agents,
à Lucerne.
- Le premier dépôt aura lieu comme prévu,
la semaine prochaine, dit-il.
Il raccrocha.
Encore un ou deux autres coups de fil, pour s'assurer que les
opérations de Russie, du Zaïre et d'Australie étaient
en marche, et il pourrait partir. Quant aux rumeurs, elles commenceraient
à se propager quelques heures à peine après
son départ.
***
L'homme de Londres reprit l'avion presque tout de suite. Il
était satisfait. Il avait tout réglé exactement
comme il l'avait prévu. Un détail continuait toutefois
de le tracasser, sans qu'il parvienne à savoir pourquoi:
ce curieux regard qu'il avait eu l'impression de surprendre chez
le vieux rabbin. Il n'avait pourtant pas rêvé
Après un moment d'hésitation, il décida
de penser à autre chose. Il prit la pierre bleutée
dans sa poche et la regarda à la lumière du hublot.
Il était normal que la pierre magnifique lui appartienne.
Il était Otto Oberkfeld.
Mais, surtout, il était le Régent...
© 2000 Éditions
Alire & Jean-Jacques Pelletier
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