(Chapitre 3, p. 95-104)
Rustem n'avait pas prêté attention à la
direction dans laquelle ils allaient ou à ceux qui les
entouraient, et il se le reprocherait plus tard, même s'il
n'avait pas eu la responsabilité de veiller à leur
sécurité. C'était pour cela, après
tout, qu'on avait assigné le sévère et bougon
Nishik à un médecin en voyage.
Mais ils traversèrent le détroit houleux qui séparait
la cité côtière toute en longueur de Déapolis,
au sud-est, de l'immense et turbulent port de Sarance, en contournant
des petites îles aux épais boisés, puis des
navires qui dansaient sur l'eau et les filets traînés
par les bateaux de pêche. En voyant les dômes de
la Cité, les tours qui s'empilaient toujours plus haut
et la fumée qui montait des innombrables maisons, des
auberges, des commerces, depuis la côte jusqu'aux murailles,
Rustem s'était trouvé encore plus impressionné
qu'il ne l'aurait cru, puis il avait pensé aux siens,
ce qui l'avait distrait.
C'était un voyageur, il était allé plus
loin en Orient, par exemple, que personne de sa connaissance ;
mais Sarance, même après les ravages de deux épidémies,
était la plus grande et la plus riche cité du monde :
une vérité familière, mais jamais réellement
appréhendée avant ce jour. Jarita aurait été
ravie et peut-être même excitée, songeait-il,
debout sur le traversier, en contemplant les dômes dorés
qui se rapprochaient. Pour ce qui était de Katyun, si
sa récente compréhension de sa seconde épouse
était correcte, elle aurait été terrifiée.
Il avait montré ses papiers, et les faux papiers de Nishik,
puis s'était occupé de la Douane impériale
sur le quai de Déapolis, avant de s'embarquer. Se rendre
à ce quai avait constitué une expédition
en soi : un nombre extraordinaire de soldats y avaient leurs
quartiers, c'était un chantier naval, et cette partie
du port résonnait de bruits de construction. On n'aurait
rien pu dissimuler même si on l'avait voulu.
Le marchandage, aux douanes, avait été coûteux
sans être désagréable ; on était
en temps de paix, et Sarance devait principalement sa richesse
au commerce et aux voyages. Les agents des douanes impériales
le savaient très bien. On n'eut pas besoin d'autre chose
que d'une somme raisonnable, payée avec discrétion
et destinée à les soulager de leurs durs labeurs,
pour accélérer l'entrée d'un médecin
bassanide, de son serviteur et de sa mule laquelle s'était
révélée après examen ne pas transporter
de soie, d'épices ou toute autre marchandise taxée
ou illicite.
En débarquant dans la cité de Valérius,
Rustem prit soin de s'assurer qu'aucun oiseau ne volait à
sa gauche et de poser le pied droit en premier sur le quai, tout
comme il avait embarqué du pied gauche à bord du
traversier. Il y avait du bruit ici aussi. Encore plus de soldats,
encore plus de bateaux, encore plus de coups de marteaux et de
cris. Ils demandèrent leur route au capitaine du traversier
et se frayèrent un chemin le long d'un quai en bois ;
Nishik menait la mule, emmitouflé comme Rustem dans son
manteau pour se protéger de la brise acérée
du printemps. Ils traversèrent une large rue, en laissant
d'abord passer des tombereaux bruyants, et ils arrivèrent
dans une rue plus étroite, parmi l'habituel assortiment
peu recommandable : marins, prostituées, mendiants
et soldats en permission.
Rustem avait vaguement remarqué tous ces détails
en marchant, et la façon dont tous les ports paraissaient
se ressembler de Sarance à Ispahane, mais il avait surtout
pensé à son fils tandis qu'ils s'éloignaient
des docks et de leur vacarme. Shaski aurait eu les yeux écarquillés,
la bouche béante, il aurait tout absorbé comme
un sol desséché boit la pluie. Le petit avait ce
genre de qualité, décida-t-il il avait pensé
à lui bien plus qu'on ne devait à un jeune fils
laissé à la maison , une capacité d'absorption,
oui, et une capacité de s'assimiler ensuite ce qu'il avait
ainsi acquis, de savoir quand et comment s'en servir.
Comment expliquer autrement cet instant étrange où
le garçon de sept ans avait suivi son père dans
le jardin en portant un instrument qui avait fini par sauver
la vie du Roi des rois ? Et par assurer la fortune de leur
famille ? À ce souvenir, Rustem secoua la tête
dans le matin de Sarance tout en marchant avec son serviteur-soldat
en direction du forum qu'on leur avait désigné,
et de l'auberge proche où ils logeraient s'il y restait
des chambres.
On l'avait instruit de ne pas établir de liens directs
avec l'émissaire bassanide à Sarance, seulement
de lui envoyer la note de routine attendue, pour annoncer son
arrivée. Rustem était un médecin à
la recherche de traités et de savoir médicaux.
C'était tout. Il chercherait à contacter d'autres
médecins on lui en avait cité quelques-uns
à Sarnica et il était parti lui-même en possession
de quelques noms. Il les contacterait, assisterait à des
conférences, en donnerait peut-être lui-même.
Il achèterait des manuscrits ou paierait des scribes pour
les copier. Resterait jusqu'à l'été. Observerait
ce qu'il pourrait.
Observerait tout ce qu'il pourrait, en fait, et pas seulement
ce qui concernait la profession médicale et ses traités.
On désirait obtenir certains renseignements, à
Kabadh.
Rustem de Kérakek était un homme qui n'aurait dû
attirer aucune attention en une période de concorde entre
l'Empereur et le Roi des rois (une paix que Valérius avait
achetée à prix fort), et dont seuls un incident
de frontière ou une dispute commerciale venaient parfois
troubler la surface unie.
Il aurait vraiment dû en être ainsi, en tout cas...
Alors qu'avec Nishik il gravissait une ruelle fortement pentue
et malheureusement déserte, s'en vint à leur rencontre,
au sortir d'un porche de taverne, un jeune homme au pas titubant
et à l'allure extravagante cheveux, barbe, vêtements
et qui semblait malheureusement imperméable à
ce genre de considérations rationnelles.
C'était apparemment vrai aussi de ses trois amis aux habits
et à la pilosité similaires, qui le suivaient.
Pour une raison quelconque, ils portaient tous les quatre des
robes de style bassanide, mais avec des bijoux dorés au
dessin rudimentaire aux oreilles et autour du cou, et leur chevelure
en broussaille leur retombait dans le dos.
Rustem s'immobilisa, n'ayant pas grand choix. Les quatre jeunes
gens leur barraient le chemin, et la ruelle était étroite.
Le meneur vacilla un peu puis retrouva la verticale avec un effort.
« Vert ou Bleu ? » dit-il, le souffle
rauque et aviné. « Répondez, ou vous
serez roués de coups comme une pute sèche. »
Cette question avait d'une façon ou d'une autre rapport
à des chevaux. Rustem savait au moins cela mais n'avait
pas idée de ce qui constituerait la meilleure réponse.
« J'implore votre indulgence », murmura-t-il
dans ce qu'il savait maintenant être un sarantin très
adéquat. « Nous sommes étrangers ici
et ne comprenons pas ce genre de choses. Vous nous bloquez le
passage.
- Oui, on vous le bloque, hein ? Z'êtes foutrement
perspicace, pas vrai ? Enculé de Bassanide »,
dit le jeune homme, abandonnant assez volontiers le sujet des
Bleus et des Verts. L'origine de Rustem et de Nishik était
évidente à leurs vêtements ; ils n'avaient
fait aucun effort pour la dissimuler. L'épithète
vulgaire était déconcertante, et l'odeur sure du
vin dans l'haleine du jeune homme, si tôt le matin, dégoûta
un peu Rustem. Ce gaillard était en train d'endommager
sa santé ; même les plus jeunes recrues qui
n'étaient pas de service à la forteresse ne buvaient
pas si tôt le matin.
« Surveille ta sale langue ! » s'exclama Nishik,
jouant le rôle du fidèle serviteur, mais d'un ton
un peu trop tranchant. « C'est Rustem de Kérakek,
un médecin respecté. Faites place !
- Un médecin ? Bassanide ? Qui sauve les foutues vies
des ordures qui massacrent nos soldats ? Foutre non, je
ne vais pas faire place, castrat à face de chèvre ! »
Ce disant, le jeune homme s'obstina à altérer la
nature d'une rencontre déjà infortunée en
tirant une courte épée assez élégante.
Rustem retint brièvement son souffle, en remarquant que
les autres jeunes gens semblaient alarmés à ce
spectacle. Pas aussi saouls, songea-t-il. Il y a de l'espoir.
Il y en avait, jusqu'à ce que Nishik, en éructant
lui-même un juron, se fût imprudemment tourné
vers la mule flegmatique qui les avait accompagnés jusque-là,
pour prendre sa propre épée attachée au
flanc de la bête. Rustem était certain de connaître
son intention : outragé par les insultes et l'obstruction
d'un civil, le soldat devait être déterminé
à le désarmer pour lui donner une prompte leçon.
Bien méritée, sans aucun doute. Mais ce n'était
vraiment pas une façon d'entrer discrètement à
Sarance.
Et c'était malavisé pour de tout autres raisons.
Celui qui venait de tirer son épée se trouvait
savoir comment s'en servir, en ayant été instruit
dès son plus jeune âge à la demeure de son
père et dans leur domaine campagnard. Il avait aussi dépassé
depuis longtemps, comme l'avait déjà remarqué
Rustem, le stade où il aurait été à
même d'évaluer avec prudence sa propre conduite
et celle d'autrui.
Le jeune homme à l'élégante épée
s'avança d'un seul pas et embrocha Nishik entre la troisième
et la quatrième côte alors que le soldat bassanide
tirait sa propre lame des cordes qui l'attachaient à la
mule.
Une rencontre due au hasard, le plus pur des accidents, la mauvaise
ruelle empruntée au mauvais moment dans une cité
pleine de rues et ruelles. S'ils avaient raté le traversier,
avaient été retenus plus longtemps aux douanes,
s'étaient arrêtés pour manger, avaient choisi
un autre itinéraire, tout aurait été absolument
différent. Mais, gardé par Pérun et Anahita
et sans cesse menacé par le Noir Azal, l'univers en était
arrivé à ce point précis : Nishik à
terre, son sang vermeil sur les pavés, et une épée
qui se pointait, un peu vacillante, sur Rustem. Il essaya de
se rappeler quel augure il avait pu manquer pour que tout eût
si mal tourné.
Mais alors même qu'il y songeait, en s'efforçant
d'accepter la soudaineté capricieuse de la mort, Rustem
se sentit envahi d'une fureur froide, bien rare chez lui, et
il brandit son bâton de marche. Tandis que le jeune homme
contemplait son adversaire abattu, en proie à une confusion
d'ivrogne ou avec satisfaction, Rustem lui asséna vivement
un coup sec et violent sur l'avant-bras. Il attendait le bruit
de l'os qui se brisait, fut bel et bien déçu de
ne point l'entendre, même si la jeune brute poussa un cri
en laissant son épée tomber avec fracas.
Les autres, malheureusement, tirèrent aussitôt leurs
propres épées. Les citadins étaient d'une
absence déconcertante dans cette ruelle matinale.
« À l'aide ! » s'écria
Rustem, sans grand optimisme. « À l'assassin ! »
Il jeta un bref coup d'oeil à Nishik, qui n'avait pas
bougé. Tout avait mal tourné, une catastrophe née
d'un rien. Le coeur de Rustem battait à tout rompre.
Il releva les yeux, en brandissant son bâton devant lui.
Le visage convulsé de douleur et d'une rage enfantine,
l'assaillant blessé et désarmé se tenait
le coude en hurlant des injonctions à l'adresse de ses
amis. Les amis s'avancèrent. On avait tiré deux
poignards, et une courte épée. Rustem comprit qu'il
devait fuir. On mourait ainsi dans les rues des villes, inutilement,
sans raison. Il se détourna pour se mettre à courir
et vit du coin de l'oeil un éclair de mouvement.
Il virevolta aussitôt en levant de nouveau son bâton.
Mais il n'était pas la cible de la silhouette entrevue.
Un homme avait jailli d'une petite chapelle au toit plat, située
plus haut dans la ruelle et, en plein élan, il venait
de bousculer par-derrière les trois jeunes gens armés,
muni seulement d'un bâton de voyageur presque identique
à celui de Rustem. Il s'en servit avec dextérité,
frappant rudement le porteur d'épée au creux des
genoux. L'autre poussa un cri et s'effondra en avant. Le nouvel
arrivant s'arrêta, fit volte-face et releva son bâton
d'un mouvement vif, touchant un second assaillant à la
tête. Le jeune homme laissa échapper un son geignard,
plutôt un cri d'adolescent, et tomba en lâchant son
poignard, les deux mains plaquées sur son cuir chevelu.
Rustem vit du sang lui sourdre entre les doigts.
Le troisième le seul désormais armé
jeta un coup d'oeil au nouvel arrivant tout hérissé
de colère, puis à Rustem, et finalement sur Nishik
qui gisait immobile dans la rue. « Foutre de Saint
Jad ! » dit-il et il bondit dans la ruelle en
frôlant Rustem au passage, tourna le coin et disparut.
« Vous devriez bien en faire autant »,
lança Rustem à ceux qu'avait abattus l'intervenant.
« Mais pas toi ! » Il pointait un
doigt tremblant sur celui qui avait frappé Nishik. « Toi,
tu restes où tu es ! Si mon serviteur est mort, je
veux te voir passer devant un juge pour meurtre.
- Va te faire foutre, porc » dit le jeune homme en se tenant
toujours le coude. « Prends mon épée,
Tykos, allons-nous-en. »
Le nommé Tykos esquissa un geste pour prendre l'épée,
mais le sauveteur de Rustem s'avança promptement d'un
pas et plaqua sur la lame un pied botté. Tykos à
demi penché se figea dans son mouvement, lui jeta un regard
en biais, puis se redressa et s'écarta. Le meneur poussa
un autre juron grossier et les trois jeunes gens se hâtèrent
de suivre leur compagnon dans la ruelle.
Rustem les laissa faire. Il était trop abasourdi. Il pouvait
sentir le martèlement de son coeur et luttait pour se
maîtriser en prenant de profondes inspirations. Mais avant
de tourner au coin de la rue, l'assaillant s'arrêta et
regarda derrière lui en écartant ses longs cheveux
de ses yeux, puis en faisant un geste obscène de son bras
intact. « Ne crois pas que c'est fini, Bassanide !
Je vais revenir te faire ton affaire ! »
Rustem cligna des yeux puis, d'une façon tout à
fait inhabituelle chez lui, aboya : « Va te faire
foutre ! » tandis que le jeune homme disparaissait.
Son regard resta fixé un moment dans cette direction,
puis il s'agenouilla en hâte, posa son bâton et appuya
deux doigts sur la gorge de Nishik. Après un moment, il
ferma les yeux et retira sa main.
« Qu'Anahita le guide, que Pérun le protège,
qu'Azal n'apprenne jamais son nom », murmura-t-il
dans sa propre langue. Des paroles qu'il avait proférées
assez souvent déjà. Il était allé
à la guerre, avait vu bien des morts. Mais il y avait
une différence. Ici, c'était une rue citadine,
dans la lumière du matin. Ils avaient simplement été
en train de marcher. Une vie s'était éteinte.
Il releva les yeux, regarda autour de lui et se rendit compte
qu'il y avait en fait eu des observateurs dans les porches des
entrées et derrière les petites fenêtres
des échoppes, des tavernes et des appartements empilés
en étages le long de la ruelle.
Un divertissement, songea-t-il avec amertume. Cela ferait une
bonne histoire à raconter.
Il entendit un bruit. Le jeune gaillard qui était intervenu
avait récupéré le sac qu'il avait dû
laisser tomber. Il glissait maintenant sous les cordes de la
mule l'épée du premier assaillant, près
de celle de Nishik.
« Caractéristique, dit-il, laconique. Regardez la
poignée. Ça pourrait servir à l'identifier. »
Il parlait sarantin avec un fort accent et portait des habits
de voyage, une tunique brune sans détails particuliers
et un manteau ceinturé haut, avec des bottes boueuses,
et le gros sac qui se trouvait maintenant sur son dos.
« Il est mort, dit Rustem, ce qui était quelque
peu superflu. Ils l'ont tué.
- Je vois bien, dit l'autre. Venez. Ils pourraient revenir. Ils
sont saouls, et déchaînés.
- Je ne peux pas le laisser dans la rue ! » protesta
Rustem.
Le jeune homme lança un coup d'il derrière lui.
« Là ! » dit-il en s'agenouillant
pour glisser les mains sous les épaules de Nishik. Sa
tunique se tacha de sang, il ne parut point le remarquer. Rustem
se pencha pour prendre Nishik par les jambes. Ensemble ils le
portèrent jusqu'à la petite chapelle personne
pour les aider, la ruelle était toujours déserte.
Quand ils atteignirent l'entrée, un prêtre en robe
jaune tachée sortit en hâte, la main levée.
« Nous ne voulons pas de lui ! » s'exclama-t-il.
Le jeune homme se contenta de l'ignorer en passant près
de lui et le saint homme se dépêcha de les suivre,
toujours en protestant. Ils portèrent Nishik dans la salle
obscure et froide et le déposèrent près
de la porte. Rustem aperçut un petit disque solaire et
un autel dans la pénombre. Une chapelle des quais. Putains
et marins s'y rencontraient. Plus un lieu de commerce vénal
et de maladies partagées que de prière, vraisemblablement.
« Que sommes-nous censés faire avec ça ? »
s'insurgea le prêtre en un murmure furieux, tout en les
suivant. Il y avait une poignée de gens à l'intérieur.
« Priez pour son âme, dit le jeune homme. Allumez
des cierges. On viendra le chercher. » Il jeta un
coup d'oeil significatif à Rustem, qui sortit de sa bourse
quelques pièces de cuivre.
Après avoir fait disparaître les pièces
avec plus de dextérité qu'il ne convenait à
un saint homme, songea Rustem avec acidité , le prêtre
eut un bref hochement de tête. « Ce matin, dit-il.
À midi, on le jettera dans la rue. C'est un Bassanide,
après tout. »
Il avait bel et bien été aux aguets un moment plus
tôt. Et n'était pas intervenu. Rustem lui adressa
son regard le plus glacial. « C'était un être
doué d'une âme. Il est mort. Montrez-lui du respect,
pour votre propre office et pour votre dieu, au moins. »
Le prêtre en resta bouche bée. Le jeune homme posa
une main sur le bras de Rustem et le tira dehors.
Ils retournèrent sur leurs pas et Rustem prit la bride
de la mule. Il vit le sang sur les pavés là où
Nishik était tombé et il s'éclaircit la
voix. « J'ai une grande dette envers vous. »
Avant que l'autre pût répondre, des claquements
résonnèrent. Ils se retournèrent tous deux
pour voir.
Des jeunes gens aux cheveux longs apparurent au tournant de la
ruelle, une bonne douzaine, lancés à toutes jambes,
et ils freinèrent pour s'arrêter.
« Là ! » s'écria le
premier assaillant avec férocité, en pointant un
doigt triomphal.
« Courez ! » lança le jeune homme qui se tenait
près de Rustem.
Rustem saisit son sac sur la mule, celui où se trouvaient
ses papiers et les manuscrits achetés à Sarnica,
puis il se mit à courir vers le haut de la ruelle en abandonnant
la mule, ses habits, son bâton, deux épées
et les derniers lambeaux de la dignité dont il s'était
imaginé drapé en entrant dans la Cité des
cités qu'était Sarance.
© 2000 Éditions
Alire pour la traduction
© 2002 Éditions
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