Contacts



Auteurs


Romans
Nouvelles
Essais


Catalogue
Commandes


L'ASFFQ


Manuscrits


Sur le Web...


Sortie

Seigneur des Empereurs
(La Mosaïque sarantine -2)

de

Guy Gavriel Kay

 

Traduit de l'anglais par
Élisabeth Vonarburg

 

 

(Chapitre 3, p. 95-104)

Rustem n'avait pas prêté attention à la direction dans laquelle ils allaient ou à ceux qui les entouraient, et il se le reprocherait plus tard, même s'il n'avait pas eu la responsabilité de veiller à leur sécurité. C'était pour cela, après tout, qu'on avait assigné le sévère et bougon Nishik à un médecin en voyage.
Mais ils traversèrent le détroit houleux qui séparait la cité côtière toute en longueur de Déapolis, au sud-est, de l'immense et turbulent port de Sarance, en contournant des petites îles aux épais boisés, puis des navires qui dansaient sur l'eau et les filets traînés par les bateaux de pêche. En voyant les dômes de la Cité, les tours qui s'empilaient toujours plus haut et la fumée qui montait des innombrables maisons, des auberges, des commerces, depuis la côte jusqu'aux murailles, Rustem s'était trouvé encore plus impressionné qu'il ne l'aurait cru, puis il avait pensé aux siens, ce qui l'avait distrait.
C'était un voyageur, il était allé plus loin en Orient, par exemple, que personne de sa connaissance ; mais Sarance, même après les ravages de deux épidémies, était la plus grande et la plus riche cité du monde : une vérité familière, mais jamais réellement appréhendée avant ce jour. Jarita aurait été ravie et peut-être même excitée, songeait-il, debout sur le traversier, en contemplant les dômes dorés qui se rapprochaient. Pour ce qui était de Katyun, si sa récente compréhension de sa seconde épouse était correcte, elle aurait été terrifiée.
Il avait montré ses papiers, et les faux papiers de Nishik, puis s'était occupé de la Douane impériale sur le quai de Déapolis, avant de s'embarquer. Se rendre à ce quai avait constitué une expédition en soi : un nombre extraordinaire de soldats y avaient leurs quartiers, c'était un chantier naval, et cette partie du port résonnait de bruits de construction. On n'aurait rien pu dissimuler même si on l'avait voulu.
Le marchandage, aux douanes, avait été coûteux sans être désagréable ; on était en temps de paix, et Sarance devait principalement sa richesse au commerce et aux voyages. Les agents des douanes impériales le savaient très bien. On n'eut pas besoin d'autre chose que d'une somme raisonnable, payée avec discrétion et destinée à les soulager de leurs durs labeurs, pour accélérer l'entrée d'un médecin bassanide, de son serviteur et de sa mule ­ laquelle s'était révélée après examen ne pas transporter de soie, d'épices ou toute autre marchandise taxée ou illicite.
En débarquant dans la cité de Valérius, Rustem prit soin de s'assurer qu'aucun oiseau ne volait à sa gauche et de poser le pied droit en premier sur le quai, tout comme il avait embarqué du pied gauche à bord du traversier. Il y avait du bruit ici aussi. Encore plus de soldats, encore plus de bateaux, encore plus de coups de marteaux et de cris. Ils demandèrent leur route au capitaine du traversier et se frayèrent un chemin le long d'un quai en bois ; Nishik menait la mule, emmitouflé comme Rustem dans son manteau pour se protéger de la brise acérée du printemps. Ils traversèrent une large rue, en laissant d'abord passer des tombereaux bruyants, et ils arrivèrent dans une rue plus étroite, parmi l'habituel assortiment peu recommandable : marins, prostituées, mendiants et soldats en permission.
Rustem avait vaguement remarqué tous ces détails en marchant, et la façon dont tous les ports paraissaient se ressembler de Sarance à Ispahane, mais il avait surtout pensé à son fils tandis qu'ils s'éloignaient des docks et de leur vacarme. Shaski aurait eu les yeux écarquillés, la bouche béante, il aurait tout absorbé comme un sol desséché boit la pluie. Le petit avait ce genre de qualité, décida-t-il ­ il avait pensé à lui bien plus qu'on ne devait à un jeune fils laissé à la maison ­, une capacité d'absorption, oui, et une capacité de s'assimiler ensuite ce qu'il avait ainsi acquis, de savoir quand et comment s'en servir.
Comment expliquer autrement cet instant étrange où le garçon de sept ans avait suivi son père dans le jardin en portant un instrument qui avait fini par sauver la vie du Roi des rois ? Et par assurer la fortune de leur famille ? À ce souvenir, Rustem secoua la tête dans le matin de Sarance tout en marchant avec son serviteur-soldat en direction du forum qu'on leur avait désigné, et de l'auberge proche où ils logeraient s'il y restait des chambres.
On l'avait instruit de ne pas établir de liens directs avec l'émissaire bassanide à Sarance, seulement de lui envoyer la note de routine attendue, pour annoncer son arrivée. Rustem était un médecin à la recherche de traités et de savoir médicaux. C'était tout. Il chercherait à contacter d'autres médecins ­ on lui en avait cité quelques-uns à Sarnica et il était parti lui-même en possession de quelques noms. Il les contacterait, assisterait à des conférences, en donnerait peut-être lui-même. Il achèterait des manuscrits ou paierait des scribes pour les copier. Resterait jusqu'à l'été. Observerait ce qu'il pourrait.
Observerait tout ce qu'il pourrait, en fait, et pas seulement ce qui concernait la profession médicale et ses traités. On désirait obtenir certains renseignements, à Kabadh.
Rustem de Kérakek était un homme qui n'aurait dû attirer aucune attention en une période de concorde entre l'Empereur et le Roi des rois (une paix que Valérius avait achetée à prix fort), et dont seuls un incident de frontière ou une dispute commerciale venaient parfois troubler la surface unie.
Il aurait vraiment dû en être ainsi, en tout cas...
Alors qu'avec Nishik il gravissait une ruelle fortement pentue et malheureusement déserte, s'en vint à leur rencontre, au sortir d'un porche de taverne, un jeune homme au pas titubant et à l'allure extravagante ­ cheveux, barbe, vêtements ­ et qui semblait malheureusement imperméable à ce genre de considérations rationnelles.
C'était apparemment vrai aussi de ses trois amis aux habits et à la pilosité similaires, qui le suivaient. Pour une raison quelconque, ils portaient tous les quatre des robes de style bassanide, mais avec des bijoux dorés au dessin rudimentaire aux oreilles et autour du cou, et leur chevelure en broussaille leur retombait dans le dos.
Rustem s'immobilisa, n'ayant pas grand choix. Les quatre jeunes gens leur barraient le chemin, et la ruelle était étroite. Le meneur vacilla un peu puis retrouva la verticale avec un effort. « Vert ou Bleu ? » dit-il, le souffle rauque et aviné. « Répondez, ou vous serez roués de coups comme une pute sèche. »
Cette question avait d'une façon ou d'une autre rapport à des chevaux. Rustem savait au moins cela mais n'avait pas idée de ce qui constituerait la meilleure réponse. « J'implore votre indulgence », murmura-t-il dans ce qu'il savait maintenant être un sarantin très adéquat. « Nous sommes étrangers ici et ne comprenons pas ce genre de choses. Vous nous bloquez le passage.
- Oui, on vous le bloque, hein ? Z'êtes foutrement perspicace, pas vrai ? Enculé de Bassanide », dit le jeune homme, abandonnant assez volontiers le sujet des Bleus et des Verts. L'origine de Rustem et de Nishik était évidente à leurs vêtements ; ils n'avaient fait aucun effort pour la dissimuler. L'épithète vulgaire était déconcertante, et l'odeur sure du vin dans l'haleine du jeune homme, si tôt le matin, dégoûta un peu Rustem. Ce gaillard était en train d'endommager sa santé ; même les plus jeunes recrues qui n'étaient pas de service à la forteresse ne buvaient pas si tôt le matin.
« Surveille ta sale langue ! » s'exclama Nishik, jouant le rôle du fidèle serviteur, mais d'un ton un peu trop tranchant. « C'est Rustem de Kérakek, un médecin respecté. Faites place !
- Un médecin ? Bassanide ? Qui sauve les foutues vies des ordures qui massacrent nos soldats ? Foutre non, je ne vais pas faire place, castrat à face de chèvre ! » Ce disant, le jeune homme s'obstina à altérer la nature d'une rencontre déjà infortunée en tirant une courte épée assez élégante.
Rustem retint brièvement son souffle, en remarquant que les autres jeunes gens semblaient alarmés à ce spectacle. Pas aussi saouls, songea-t-il. Il y a de l'espoir.
Il y en avait, jusqu'à ce que Nishik, en éructant lui-même un juron, se fût imprudemment tourné vers la mule flegmatique qui les avait accompagnés jusque-là, pour prendre sa propre épée attachée au flanc de la bête. Rustem était certain de connaître son intention : outragé par les insultes et l'obstruction d'un civil, le soldat devait être déterminé à le désarmer pour lui donner une prompte leçon. Bien méritée, sans aucun doute. Mais ce n'était vraiment pas une façon d'entrer discrètement à Sarance.
Et c'était malavisé pour de tout autres raisons. Celui qui venait de tirer son épée se trouvait savoir comment s'en servir, en ayant été instruit dès son plus jeune âge à la demeure de son père et dans leur domaine campagnard. Il avait aussi dépassé depuis longtemps, comme l'avait déjà remarqué Rustem, le stade où il aurait été à même d'évaluer avec prudence sa propre conduite et celle d'autrui.
Le jeune homme à l'élégante épée s'avança d'un seul pas et embrocha Nishik entre la troisième et la quatrième côte alors que le soldat bassanide tirait sa propre lame des cordes qui l'attachaient à la mule.
Une rencontre due au hasard, le plus pur des accidents, la mauvaise ruelle empruntée au mauvais moment dans une cité pleine de rues et ruelles. S'ils avaient raté le traversier, avaient été retenus plus longtemps aux douanes, s'étaient arrêtés pour manger, avaient choisi un autre itinéraire, tout aurait été absolument différent. Mais, gardé par Pérun et Anahita et sans cesse menacé par le Noir Azal, l'univers en était arrivé à ce point précis : Nishik à terre, son sang vermeil sur les pavés, et une épée qui se pointait, un peu vacillante, sur Rustem. Il essaya de se rappeler quel augure il avait pu manquer pour que tout eût si mal tourné.
Mais alors même qu'il y songeait, en s'efforçant d'accepter la soudaineté capricieuse de la mort, Rustem se sentit envahi d'une fureur froide, bien rare chez lui, et il brandit son bâton de marche. Tandis que le jeune homme contemplait son adversaire abattu, en proie à une confusion d'ivrogne ou avec satisfaction, Rustem lui asséna vivement un coup sec et violent sur l'avant-bras. Il attendait le bruit de l'os qui se brisait, fut bel et bien déçu de ne point l'entendre, même si la jeune brute poussa un cri en laissant son épée tomber avec fracas.
Les autres, malheureusement, tirèrent aussitôt leurs propres épées. Les citadins étaient d'une absence déconcertante dans cette ruelle matinale.
« À l'aide ! » s'écria Rustem, sans grand optimisme. « À l'assassin ! » Il jeta un bref coup d'oeil à Nishik, qui n'avait pas bougé. Tout avait mal tourné, une catastrophe née d'un rien. Le coeur de Rustem battait à tout rompre.
Il releva les yeux, en brandissant son bâton devant lui. Le visage convulsé de douleur et d'une rage enfantine, l'assaillant blessé et désarmé se tenait le coude en hurlant des injonctions à l'adresse de ses amis. Les amis s'avancèrent. On avait tiré deux poignards, et une courte épée. Rustem comprit qu'il devait fuir. On mourait ainsi dans les rues des villes, inutilement, sans raison. Il se détourna pour se mettre à courir et vit du coin de l'oeil un éclair de mouvement.
Il virevolta aussitôt en levant de nouveau son bâton. Mais il n'était pas la cible de la silhouette entrevue.
Un homme avait jailli d'une petite chapelle au toit plat, située plus haut dans la ruelle et, en plein élan, il venait de bousculer par-derrière les trois jeunes gens armés, muni seulement d'un bâton de voyageur presque identique à celui de Rustem. Il s'en servit avec dextérité, frappant rudement le porteur d'épée au creux des genoux. L'autre poussa un cri et s'effondra en avant. Le nouvel arrivant s'arrêta, fit volte-face et releva son bâton d'un mouvement vif, touchant un second assaillant à la tête. Le jeune homme laissa échapper un son geignard, plutôt un cri d'adolescent, et tomba en lâchant son poignard, les deux mains plaquées sur son cuir chevelu. Rustem vit du sang lui sourdre entre les doigts.
Le troisième ­ le seul désormais armé ­ jeta un coup d'oeil au nouvel arrivant tout hérissé de colère, puis à Rustem, et finalement sur Nishik qui gisait immobile dans la rue. « Foutre de Saint Jad ! » dit-il et il bondit dans la ruelle en frôlant Rustem au passage, tourna le coin et disparut.
« Vous devriez bien en faire autant », lança Rustem à ceux qu'avait abattus l'intervenant. « Mais pas toi ! » Il pointait un doigt tremblant sur celui qui avait frappé Nishik. « Toi, tu restes où tu es ! Si mon serviteur est mort, je veux te voir passer devant un juge pour meurtre.
- Va te faire foutre, porc » dit le jeune homme en se tenant toujours le coude. « Prends mon épée, Tykos, allons-nous-en. »
Le nommé Tykos esquissa un geste pour prendre l'épée, mais le sauveteur de Rustem s'avança promptement d'un pas et plaqua sur la lame un pied botté. Tykos à demi penché se figea dans son mouvement, lui jeta un regard en biais, puis se redressa et s'écarta. Le meneur poussa un autre juron grossier et les trois jeunes gens se hâtèrent de suivre leur compagnon dans la ruelle.
Rustem les laissa faire. Il était trop abasourdi. Il pouvait sentir le martèlement de son coeur et luttait pour se maîtriser en prenant de profondes inspirations. Mais avant de tourner au coin de la rue, l'assaillant s'arrêta et regarda derrière lui en écartant ses longs cheveux de ses yeux, puis en faisant un geste obscène de son bras intact. « Ne crois pas que c'est fini, Bassanide ! Je vais revenir te faire ton affaire ! »
Rustem cligna des yeux puis, d'une façon tout à fait inhabituelle chez lui, aboya : « Va te faire foutre ! » tandis que le jeune homme disparaissait.
Son regard resta fixé un moment dans cette direction, puis il s'agenouilla en hâte, posa son bâton et appuya deux doigts sur la gorge de Nishik. Après un moment, il ferma les yeux et retira sa main.
« Qu'Anahita le guide, que Pérun le protège, qu'Azal n'apprenne jamais son nom », murmura-t-il dans sa propre langue. Des paroles qu'il avait proférées assez souvent déjà. Il était allé à la guerre, avait vu bien des morts. Mais il y avait une différence. Ici, c'était une rue citadine, dans la lumière du matin. Ils avaient simplement été en train de marcher. Une vie s'était éteinte.
Il releva les yeux, regarda autour de lui et se rendit compte qu'il y avait en fait eu des observateurs dans les porches des entrées et derrière les petites fenêtres des échoppes, des tavernes et des appartements empilés en étages le long de la ruelle.
Un divertissement, songea-t-il avec amertume. Cela ferait une bonne histoire à raconter.
Il entendit un bruit. Le jeune gaillard qui était intervenu avait récupéré le sac qu'il avait dû laisser tomber. Il glissait maintenant sous les cordes de la mule l'épée du premier assaillant, près de celle de Nishik.
« Caractéristique, dit-il, laconique. Regardez la poignée. Ça pourrait servir à l'identifier. » Il parlait sarantin avec un fort accent et portait des habits de voyage, une tunique brune sans détails particuliers et un manteau ceinturé haut, avec des bottes boueuses, et le gros sac qui se trouvait maintenant sur son dos.
« Il est mort, dit Rustem, ce qui était quelque peu superflu. Ils l'ont tué.
- Je vois bien, dit l'autre. Venez. Ils pourraient revenir. Ils sont saouls, et déchaînés.
- Je ne peux pas le laisser dans la rue ! » protesta Rustem.
Le jeune homme lança un coup d'il derrière lui. « Là ! » dit-il en s'agenouillant pour glisser les mains sous les épaules de Nishik. Sa tunique se tacha de sang, il ne parut point le remarquer. Rustem se pencha pour prendre Nishik par les jambes. Ensemble ils le portèrent jusqu'à la petite chapelle ­ personne pour les aider, la ruelle était toujours déserte.
Quand ils atteignirent l'entrée, un prêtre en robe jaune tachée sortit en hâte, la main levée. « Nous ne voulons pas de lui ! » s'exclama-t-il.
Le jeune homme se contenta de l'ignorer en passant près de lui et le saint homme se dépêcha de les suivre, toujours en protestant. Ils portèrent Nishik dans la salle obscure et froide et le déposèrent près de la porte. Rustem aperçut un petit disque solaire et un autel dans la pénombre. Une chapelle des quais. Putains et marins s'y rencontraient. Plus un lieu de commerce vénal et de maladies partagées que de prière, vraisemblablement.
« Que sommes-nous censés faire avec ça ? » s'insurgea le prêtre en un murmure furieux, tout en les suivant. Il y avait une poignée de gens à l'intérieur.
« Priez pour son âme, dit le jeune homme. Allumez des cierges. On viendra le chercher. » Il jeta un coup d'oeil significatif à Rustem, qui sortit de sa bourse quelques pièces de cuivre.
Après avoir fait disparaître les pièces ­ avec plus de dextérité qu'il ne convenait à un saint homme, songea Rustem avec acidité ­, le prêtre eut un bref hochement de tête. « Ce matin, dit-il. À midi, on le jettera dans la rue. C'est un Bassanide, après tout. »
Il avait bel et bien été aux aguets un moment plus tôt. Et n'était pas intervenu. Rustem lui adressa son regard le plus glacial. « C'était un être doué d'une âme. Il est mort. Montrez-lui du respect, pour votre propre office et pour votre dieu, au moins. »
Le prêtre en resta bouche bée. Le jeune homme posa une main sur le bras de Rustem et le tira dehors.
Ils retournèrent sur leurs pas et Rustem prit la bride de la mule. Il vit le sang sur les pavés là où Nishik était tombé et il s'éclaircit la voix. « J'ai une grande dette envers vous. »
Avant que l'autre pût répondre, des claquements résonnèrent. Ils se retournèrent tous deux pour voir.
Des jeunes gens aux cheveux longs apparurent au tournant de la ruelle, une bonne douzaine, lancés à toutes jambes, et ils freinèrent pour s'arrêter.
« Là ! » s'écria le premier assaillant avec férocité, en pointant un doigt triomphal.
« Courez ! » lança le jeune homme qui se tenait près de Rustem.
Rustem saisit son sac sur la mule, celui où se trouvaient ses papiers et les manuscrits achetés à Sarnica, puis il se mit à courir vers le haut de la ruelle en abandonnant la mule, ses habits, son bâton, deux épées et les derniers lambeaux de la dignité dont il s'était imaginé drapé en entrant dans la Cité des cités qu'était Sarance.


© 2000 Éditions Alire pour la traduction
© 2002 Éditions Alire pour la présente édition


Pour connaître la suite...