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Si l'oiseau meurt

de

Francine Pelletier

 

 

Chapitre 2, p. 9-20

Manu n'avait pas une notion très exacte du temps qui s'écoulait, car les jours se ressemblaient tous. Paul se rendait à l'école le matin, pendant que Marthe restait avec Manu. Elle avait commencé à lui enseigner à lire, à écrire et à compter. L'après-midi, elle s'absentait à son tour pendant que Paul venait jouer avec lui.
Ni Paul ni Marthe ne quittaient la maison durant ces « absences », bien entendu : ils allaient dans le Monde, ce même Monde où se trouvait la docteure Rami Gurtu quand elle rendait visite à Manu. Le Monde, c'était très compliqué, et pourtant Manu parvenait à s'en construire une certaine image dans sa tête quand Marthe ou Paul lui en parlaient, comme s'il s'agissait d'une chose qu'il savait déjà, un peu comme Jésus qu'il connaissait avant que la pasteure le lui enseignât. Quand on se « branchait » pour aller dans le Monde, la réalité disparaissait pour laisser place à la virtualité - à un monde où tout était possible.
Vint un jour où Manu demanda pourquoi il ne pouvait pas les suivre dans cette virtualité. Lorsque la docteure Gurtu venait l'examiner, elle se « projetait » hors du Monde. Pourtant, Manu était bel et bien branché pendant ces examens, afin que la docteure reçoive les données médicales. S'il n'entrait pas dans le Monde, il accédait tout de même à sa périphérie. Alors, pourquoi ne pouvait-il se rendre plus loin, pourquoi devait-il rester derrière ? Paul, à qui il posa d'abord la question, répondit avec embarras que Manu n'était pas encore assez grand - déclaration fort paradoxale puisque Manu dépassait Paul de plus de cinquante centimètres.
Il s'adressa donc à Marthe, qui avait réponse à tout mais qui, ce jour-là, demeura un moment sans voix.
- Paul prétend que je ne suis pas assez grand... répéta Manu, non sans toiser Marthe de toute sa hauteur.
Elle le considéra avec tendresse.
- Il a voulu dire « pas assez vieux ».
Quand Marthe adoptait ce ton affectueux, d'habitude, Manu fondait. Il se calait contre elle, quémandant une caresse comme un jeune chiot. Ce jour-là, il grommela :
- Carlo nous a expliqué comment on fait les bébés, comment ils naissent, comment ils grandissent pour devenir des petits garçons, et puis des papas comme Edegio, et puis des messieurs comme le docteur Laganière... Moi, je suis grand comme un vieux, mais je suis quand même un petit garçon. Est-ce que je suis malade ? Est-ce que c'est pour ça que je ne peux pas aller dans le Monde avec vous deux ?
Au fur et à mesure qu'il parlait, le visage de Marthe s'imprégnait de tristesse et Manu vint près de se croire à l'agonie.
- Malade, soupira Marthe. Oui, on pourrait dire que tu as été malade.
Elle avait parlé au passé, merci Jésus ! Pourtant...
- Pourquoi je prends encore tous ces médicaments, si c'est fini ?
- Eh bien, tu n'es pas vraiment rétabli. Et puis, ta maladie a endommagé des organes qui auront toujours besoin qu'on prenne soin d'eux de façon particulière. Mon chéri...
Il pencha la tête, elle glissa les mains dans ses cheveux, l'attira à elle.
- Mon chéri, ton cerveau a été abîmé, mais tu vas retrouver peu à peu tes facultés, ta... mémoire. Il faut être patient. Tu dois tout réapprendre.
Ce mot sur lequel elle avait buté : mémoire, ce mot, il pouvait le tourner et le retourner dans sa tête, dans sa bouche, et même s'en gargariser. Ce mot ne l'effrayait pas : il avait été malade dans sa mémoire. Et il était en train de guérir.
Cet après-midi-là, Marthe demanda à Manu de garder la chambre. Manu venait à peine de s'attabler devant ses devoirs quand il vit, par la vitre de séparation, le docteur Laganière qui s'approchait.
- Tu permets que je te dérange, mon garçon ?
Même s'il vivait sous son toit depuis un temps indéterminé, Manu voyait peu le bon docteur, souvent en tournée auprès de ses patients disséminés dans tout le district. Quand le docteur soupait avec ses enfants, sa présence donnait au repas une sorte de solennité qui intimidait Manu. Après tout, il rencontrait surtout le docteur pour les examens médicaux ou quand les choses n'allaient pas, comme après l'épisode du bébé de Portia. Il piqua du nez sur sa feuille.
- Vous ne me dérangez pas.
Il s'appliquait à son devoir, installé à la table un peu trop proche de lui. Manu aurait été plus à l'aise s'il avait pu reculer sa chaise de quelques centimètres mais, dans sa chambre, les pieds de tous les meubles étaient vissés au plancher. C'était à cause des crises qu'il avait eues au début, avant d'être un garçon raisonnable - de vraies grosses crises, disait Paul. Maintenant, Manu ne risquait plus de se blesser ni de ravager la pièce, mais il était habitué à la disposition des meubles, comme il était habitué à la minuscule salle de bain, à la fenêtre sans rideaux qui le séparait de la salle d'examen et qui permettait à Johnny de le surveiller. Il était chez lui, même s'il prenait maintenant ses repas avec la famille dans la vaste cuisine, de l'autre côté de la porte de communication.
Le docteur Laganière se pencha sur la table, un doigt posé sur la feuille où Manu avait conjugué le verbe « prendre ». En dessous, il avait écrit : « J'apprends vite mais je ne suis pas patien. »
- Tu n'as pas eu le temps d'écrire le « t » final à patient, je crois.
Manu s'empressa d'ajouter la lettre, puis il leva la tête vers son visiteur. Le docteur Laganière était un bel homme, plus grand que Manu. Sous sa crinière argentée, son visage aux traits réguliers exprimait la gentillesse, mais son regard - les yeux de Marthe, Manu s'en rendait compte -, son regard restait soucieux.
- Tu sais pourquoi tu es ici, Emmanuel ?
- Parce que j'ai été malade.
- Non. Tu es ici parce que tu es un patient exceptionnel.
Manu tressaillit. C'était la première fois que le docteur lui parlait ainsi, comme à un adulte.
- Tu as eu un accident. Ton cerveau a été très abîmé, comme Marthe te l'a dit.
« Accident » n'avait pas été le terme employé par Marthe : elle avait parlé de « maladie », Manu s'en souvenait fort bien. Il n'en souffla mot, pourtant. Pour une fois que le docteur Laganière se montrait loquace, cela valait la peine d'écouter ce qu'il avait à raconter.
- Le cerveau humain est une chose extraordinaire, Emmanuel. Tu sais, même avant qu'on développe la régénération, le cerveau trouvait le moyen de contourner les connexions perdues. Mais là, en plus, la docteure Gurtu et son équipe t'ont greffé des cellules spéciales qui enseignent aux autres à se réparer. Et quand elles sont incapables de compléter la réparation, les cellules spéciales se mettent à leur place, elles essaient de remplacer les cellules abîmées. Tu vois, ton cerveau travaille très fort. Tu as d'abord réappris à marcher, à parler, à lire et à écrire...
Il tapota la feuille.
- Dans le Monde, Emmanuel, il y a des gens qui ne savent même pas lire, tu le sais ?
Manu acquiesça même si, en fait, non, il n'en savait rien ; il savait peu de choses du Monde, puisqu'il n'y avait pas accès.
Le docteur Laganière s'assit sur le lit avec un soupir.
- Ce que je veux dire, c'est que tu es intelligent. Tu retrouveras bientôt toutes tes facultés.
- Est-ce que ce sera très long, docteur ?
Il se voyait déjà vieux comme le bon docteur, courbé sur sa feuille, encore en train d'aligner des additions ou de conjuguer des verbes. Le docteur sourit.
- Sais-tu depuis combien de temps tu es ici, Emmanuel ?
Il secoua négativement la tête. Il ne gardait aucun souvenir de son arrivée chez les Laganière.
- C'était il y a six mois, au début de l'hiver.
Il tenta de forcer la barrière de sa mémoire, en vain.
- En six mois, Emmanuel, regarde les progrès que tu as accomplis. Ça te paraît bien long mais, à l'échelle médicale, je t'assure que c'est un rétablissement ultra-rapide.
- Ça veut dire... Est-ce que je pourrai aller bientôt à l'école, moi aussi ?
Cette mise à l'écart était profondément injuste. S'il était intelligent, pourquoi ne pouvait-il se rendre dans le Monde, étudier, comme Paul, et ensuite trouver un travail, comme Marthe ?
- La docteure Gurtu craint que te brancher au réseau nuise à ta guérison. Non, il vaut mieux attendre pour aller dans le Monde.
- Quand je ne prendrai plus tous ces médicaments ?
- Quand nous serons sûrs que ça ne représente pas un trop grand danger pour toi.
Il montra la feuille.
- Et puis, tu as un très bon professeur. D'accord, je suis un peu partial quand il s'agit de ma fille, mais quand même !
Ils rirent. Manu se sentait moins intimidé, presque complice du médecin. L'entretien était toutefois clos. Le docteur se leva et tapota l'épaule de Manu.
- Paul attend impatiemment de venir te rejoindre, tu devrais terminer tes devoirs pour jouer avec lui.
Le message était clair : malgré tout, Manu restait un grand petit garçon, un état qu'il était, pour tout dire, encore capable d'accepter.
- Merci, docteur, d'être venu me voir.
Sur le seuil de la chambre, le médecin se retourna.
- Il n'y a pas de quoi, Emmanuel. Si tu as des questions, ne reste pas à les ruminer. Viens m'en parler.
Il passa devant Johnny, en veilleuse dans l'autre pièce, et adressa un petit geste d'au revoir à Manu avant de disparaître par la porte de la cuisine. Manu demeura immobile, le menton dans la main. Oui, j'ai une question : pourquoi mon pénis devient dur quand Marthe me serre dans ses bras ? Pourquoi est-ce que je sais que c'est mal ? Et pourquoi y a-t-il des choses que je sais avant de les apprendre ? Plus d'une question, en fin de compte. Et qu'il ne poserait pas.

***

Le lendemain, Marthe se lança dans un grand ménage. Cela lui arrivait parfois. Entre l'enseignement à ses élèves ordinaires et celui prodigué à Manu, entre la préparation des repas et l'entretien de la maison, Marthe avait peu de loisirs. Aussi, de temps en temps, un jour de congé était-il consacré à un nettoyage à fond. D'habitude, toute la famille était enrôlée, chacun se voyant octroyer une tâche à sa mesure. Ce jour-là, toutefois, Marthe ne fit aucune annonce durant le petit-déjeuner, et même, elle commença le travail sans aviser personne.
Elle avait envoyé les garçons dans le jardin. Ils ne s'en plaignirent pas, car le jardin - ou, plutôt, l'espèce de petite jungle qu'on appelait jardin à la Gaiézza - constituait un merveilleux terrain de jeux. Ils se faufilèrent sous des buissons, s'écorchèrent les mains, salirent leurs vêtements, jusqu'à ce qu'une envie d'uriner ramène Paul à l'intérieur. Comme il mettait du temps pour ce qui d'habitude ne lui prenait que deux minutes, Manu rentra à son tour. Il perçut un bourdonnement de voix en provenance de l'escalier et monta au second étage.
Paul se tenait dans l'embrasure d'une porte que Manu avait toujours vue fermée. Deux chambres restaient closes en permanence dans la maison des Laganière : celle de Luc, l'un des frères aînés, et celle-ci, dont Manu ne savait rien. Paul ne broncha pas lorsque Manu le rejoignit et qu'il s'arrêta à son tour sur le seuil.
La chambre possédait une large fenêtre qui laissait abondamment entrer le soleil. Dans les rayons dorés dansaient les grains de poussière soulevés par Marthe, qui s'agitait dans la pièce comme si sa vie en dépendait. Les lieux étaient encombrés : deux chevalets se dressaient au milieu de la chambre, un plus petit remplissait la moitié d'une table couverte de pots vides et de pinceaux desséchés ; des toiles peintes et des dessins étaient accrochés sur les murs, mais il s'en trouvait aussi appuyés un peu partout, et même roulés sur eux-mêmes sur le plancher. Certaines oeuvres étaient à l'encre noire, d'autres en couleurs. Elles représentaient des fleurs, des oiseaux et des scènes parfois abstraites - ou, alors, Manu n'en comprenait simplement pas le sens. Cependant, de tout ce qu'il voyait ressortaient une grande beauté et beaucoup de sérénité.
C'était d'autant plus étrange que les murs de la maison, ailleurs que dans cette pièce, ne comportaient aucun tableau, aucun dessin.
Marthe cessa soudain de s'agiter et se tourna vers les garçons.
- J'ai décidé de redécorer la maison.
Paul adressa à Manu un sourire ravi et lança, en guise d'explication :
- C'était l'atelier de maman.
Beaucoup plus tard, Manu comprit que la réouverture de cette chambre constituait la réponse de Marthe à l'épisode du bébé de Portia, sa réplique au silence de son père et aux cris de son jeune frère. Sur le moment, toutefois, Manu ne vit qu'une pièce qui réclamait un bon dépoussiérage. Il demanda :
- Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ?
Marthe les chargea de laver les fenêtres du rez-de-chaussée. Paul bougonna le restant de l'avant-midi. De quoi Manu s'était-il mêlé, pourquoi diable n'était-il pas demeuré dehors ? Ils auraient pu se cacher dans le jardin pendant que Marthe se serait épuisée à les appeler, mais non ! Manu, pour sa part, ne trouvait rien de désagréable à se servir de ses mains, il aimait sentir bouger son corps, laisser la sueur couler dans son dos et sur sa poitrine.
Les corvées terminées, Manu se versait un verre d'eau au robinet de la cuisine quand un choc sourd le fit sursauter. Cela provenait de la vitre brillante de propreté. La surface lisse montrait une trace légère. Comme Paul boudait au jardin, Manu crut que le garçon s'était vengé en lançant quelque chose dans la fenêtre. Furieux d'avoir eu peur tout autant que de voir la vitre déjà salie, Manu sortit en vitesse. Il s'arrêta aussitôt à l'extérieur. Étendu sur une chaise longue, Paul lisait, tout tranquille. Manu hésita. Il baissa les yeux, à la recherche de l'objet incriminant, et étouffa une exclamation.
Dans l'herbe gisait une chose au corps bleuâtre, strié d'ocre et de vert, à peine plus grosse que le pouce. Il la prit avec délicatesse. Une aile était repliée, l'autre pendait de manière misérable ; les pattes étaient recroquevillées ; le bec effilé béait. C'était tiède et duveteux dans la paume de Manu. Il n'avait jamais rien vu d'aussi joli. Il crut d'abord que l'oiseau était mort, puis, en effleurant le corps d'un doigt léger, il perçut les battements affolés du coeur minuscule. Les paupières entrouvertes montraient un regard sombre et fixe.
Tout à sa contemplation, Manu entendit à peine Paul l'apostropher.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Manu leva la main jusqu'à tenir l'oiseau sous son nez. Une créature si petite ! Comment la secourir, comment l'empêcher de mourir ? Le pas de Paul froissa l'herbe, sa voix se rapprocha.
- Qu'est-ce que tu as trouvé, Manu ?
Il baissa ses mains en coupe, montrant le petit amas de plumes.
- Je crois qu'il s'est assommé dans la vitre.
- Il est mort ? demanda Paul, plus intrigué que désolé.
Manu ramena aussitôt les mains vers sa poitrine pour protéger le blessé.
- Non. Et je ne veux pas qu'il meure.
Paul haussa les épaules.
- Comment tu veux l'en empêcher ?
- Je vais le soigner.
Manu se dirigea vers la porte de l'annexe où se trouvait sa chambre, Paul sur ses talons.
- Attends, Manu ! Il est peut-être juste assommé. C'est arrivé une fois à Carlo. Quand l'oiseau est revenu à lui, il s'est tellement cogné contre les murs qu'il a fini par se tuer pour de vrai. Il faudrait le mettre dans une cage pendant qu'il est sonné.
Manu tourna sur lui-même, indécis, comme si une cage allait apparaître dans le jardin. Paul ajouta :
- Je crois qu'il y en a une dans la remise. Je vais la chercher.
Manu attendit avec patience, le petit corps inerte au creux de sa paume. L'oiseau vivait toujours, du moins son corps restait tiède - mais peut-être la chaleur de sa main créait-elle une illusion de vie ? Manu sentait son propre coeur battre à tout rompre. Il voulait que l'oiseau vive. Sinon, ce serait trop injuste. La pauvre bête avait heurté la vitre rendue indécelable par la propreté, et c'était lui qui l'avait si bien nettoyée.
Paul réapparut, portant une cage en osier qui n'aurait pas résisté aux coups de bec d'un oiseau de plus grande taille, mais qui pouvait sans risque accueillir une petite chose fragile comme celle que tenait Manu.
Paul posa la cage sur le siège de son fauteuil et entreprit de la débarrasser de la poussière, des toiles d'araignée et des feuilles mortes qui s'y étaient accumulées.
- C'était une cage décorative, expliqua le garçon, on n'y a jamais gardé autre chose qu'une plante.
Il acheva son époussetage en soufflant au fond de la cage, puis en la secouant vigoureusement.
- Tu vas la briser ! s'inquiéta Manu.
- Mais non. Approche...
Paul ouvrit la porte de la cage. Manu hésita encore.
- Il va avoir froid là-dedans. Il faudrait lui faire un nid.
Avec un soupir résigné, Paul entreprit de ramasser des herbes sèches parmi les plantes sauvages du jardin. Il donna au paquet d'herbes une forme approximativement circulaire et le plaça au fond de la cage.
- Tiens, dépose-le.
Manu passa une main dans la cage et, doucement, en fit glisser son imperceptible fardeau. Le corps léger collait à sa main moite. Manu interpréta cela comme le signe d'un lien entre lui et son protégé. Il referma la porte et souleva la cage, pensif.
- Maintenant, tu peux le rentrer, émit Paul. Mais ne viens pas te plaindre si Marthe est furieuse après toi.
Manu ne répondit pas. Pourquoi Marthe serait-elle fâchée s'il prenait soin d'un oiseau ? Elle si bonne, si douce, elle comprendrait.
Dans sa chambre, il posa la cage sur la table et s'assit, le menton sur ses mains croisées, pour contempler son protégé. Respirait-il encore ? Manu ne distinguait pas le moindre mouvement. Il rouvrit la cage, posa un doigt léger sur la poitrine. Le petit coeur battait toujours.
Paul l'avait suivi. Il s'installa sur le coin du lit.
- Tu vas passer le reste de la journée à le regarder ?
- Je vais attendre qu'il se réveille.
- Et s'il ne meurt pas, qu'est-ce que tu vas faire ? Comment tu vas le nourrir et le soigner ? Tu ne sais même pas de quelle espèce il s'agit.
Manu tourna brièvement la tête vers lui.
- Je vais demander à ton père. Il le saura, lui. Et il saura le soigner.
- Papa soigne les gens, pas les oiseaux.
Manu ne daigna pas répondre. Au bout d'un moment, Paul reprit, plus conciliant :
- Je vais t'aider, moi. J'irai me renseigner dans le Monde, je saurai comment il s'appelle et comment il se nourrit.
Manu tourna vers Paul un visage empreint de reconnaissance.
- Tu es gentil. Mais je sais déjà comment il s'appelle.
- Ah, oui ?
Manu esquissa un sourire malicieux.
- Il s'appelle Phénix.

© 2007 Éditions Alire & Francine Pelletier


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