(Extrait du chapitre 4, p. 41-53)
Le lendemain matin, en arrivant au bureau, Salter trouva un
message d'Orliff : le surintendant souhaitait le voir dès
que possible. Quand Salter entra dans le bureau de son supérieur,
ce dernier lui tendit sans un mot une liasse de documents que
Salter prit.
- Encore des lettres ?
Il lut exhaustivement la première de la pile. La formulation
était identique à celle des précédentes
lettres. Le papier était différent et il ne décela
aucune trace de parfum, mais à part ça, les deux
séries de lettres étaient semblables.
- Quand sont-elles arrivées ?
- Hier. J'ai envoyé un gars les chercher. Vous feriez
mieux de vous occuper de ça tout de suite : la princesse
sera là dans deux semaines. J'ai affecté deux hommes
à la surveillance des marchands ambulants.
Salter n'avait pas besoin qu'on lui rappelle la priorité
qu'il convenait d'accorder à cette affaire : un deuxième
envoi de lettres de menace devait être pris au sérieux,
car c'était là bien davantage qu'un geste de frustration
ou de désespoir.
- Je veux savoir d'ici ce soir les actions que nous devons entreprendre
sur ce point, ordonna Orliff. Je n'en ai pas encore parlé
à la Cellule de crise, mais je le ferai dès lundi.
C'est compris ?
- Je reviendrai vous faire mon rapport cet après-midi.
Lorsque, de retour à son bureau, Salter compara attentivement
les deux groupes de lettres, il constata une autre différence :
quatre des destinataires étaient les mêmes, mais
le cinquième, le tailleur italien, n'avait pas reçu
de deuxième lettre. Par contre, un autre destinataire
était apparu. Il s'agissait de Lilliput, une librairie
spécialisée dans la littérature jeunesse
située sur Cumberland. Salter décida de commencer
par là.
***
La librairie était située en sous-sol ; lorsque
Salter descendit les marches, il tomba sur une femme bien en
chair, âgée d'une quarantaine d'années, dont
les cheveux châtains étaient ramenés en un
petit chignon, et qui s'efforçait de déverrouiller
la porte tout en évitant de renverser son café.
Salter lui prit le café des mains de manière
à ce qu'elle puisse venir à bout de la serrure,
qui céda aussitôt. Elle le fit entrer, referma le
verrou derrière eux, alluma la lumière et posa
ses clés sur le comptoir. Salter attendait qu'elle se
tournât vers lui :
- Que puis-je faire pour vous ? finit-elle par lui demander.
Elle avait un visage rond et très coloré, avec
un léger hâle. Son regard était pétillant
et plein de curiosité, sa diction était précise
et ses manières indiquaient un vif désir de rendre
service.
Salter lui exposa le motif de sa visite. Elle haussa les sourcils :
- Je n'ai pas beaucoup de temps à vous consacrer ;
je suis seule, en ce moment.
Les premiers clients - une famille états-unienne - descendaient
déjà l'escalier. Elle reprit :
- Pouvez-vous revenir à un moment plus calme ? On
dirait que ça va être pas mal achalandé,
ce matin. Oh, attendez une minute ! Voilà Tommy qui
arrive.
Un homme d'allure joviale, qui semblait avoir le même âge
que la libraire, fit irruption. Presque chauve, il portait des
lunettes métalliques et il était vêtu d'un
chandail jaune, d'un pantalon gris et de chaussures de course
rouge et blanc.
- Ma petite Ruth, clama-t-il, je t'ai rapporté du café
et des muffins. Oh, tu as déjà un café !
Oh non, moi qui voulais te faire plaisir... Bon. Ce n'est pas
grave. Je le boirai. Tu aimes mon chandail ? et mes souliers ?
J'en ai assez d'être terne et lugubre : je veux briller !
(Il se tourna vers Salter.) Salut, fit-il, s'approchant de l'inspecteur
qu'il gratifia d'un sourire radieux, avec une expression rayonnante
de joie tout enfantine.
- Salut, répondit Salter en reculant d'un pas.
La propriétaire de la librairie présenta tout le
monde :
- Inspecteur Salter, voici Tommy Nystrom, et je suis Ruth Pearson.
Tommy leva la main très haut et la tendit à Salter,
sans cesser de sourire.
- Salut, répéta-t-il.
- Salut, redit à son tour Salter en lui serrant la main.
- Surveille la caisse pendant un moment, veux-tu, Tommy ?
demanda Ruth. Je vais dans l'arrière-boutique parler avec
l'inspecteur.
Salter la suivit dans une pièce minuscule qui faisait
office de bureau et de réserve, dont les murs étaient
recouverts de livres et dans laquelle un bureau occupait à
lui seul la moitié de l'espace. Ruth Pearson se percha
sur un tabouret tandis que Salter s'appuya contre les étagères.
Il n'avait que deux questions à lui poser :
- Pourquoi vous ? Pourquoi menacer une librairie ? fit-il.
Elle leva les mains en signe d'impuissance :
- J'ignore totalement pourquoi j'ai reçu cette lettre
et, à vrai dire, je n'y accorde pas beaucoup d'importance.
Aucun marchand ambulant ne vend de livres pour enfants et mes
clients se fichent complètement qu'il y ait des détritus
sur le trottoir. Ce sont des enfants, après tout.
- Vous n'avez pas été active dans le dossier des
marchands ambulants, observa Salter.
- Je n'ai même pas assisté aux réunions.
Je me sens un peu « radicale » sur ce genre
de thème, et en plus, pour ce qui est de rassembler les
commerçants du quartier pour une action collective...
eh bien, c'est peine perdue ! Une fois, j'ai essayé
de lancer une pétition afin que la ville répare
le trottoir. C'est un vrai champ de mines ! Il s'y casse
environ deux chevilles et quatre paires de lunettes par an, et
ça fait dix ans que ça dure ! Bref :
quand j'ai effectué ma tournée de signatures, les
gens m'ont accueillie comme si je venais leur arracher une dent.
C'est chacun pour soi : pour ces gens-là, tout ce
qui compte, c'est gagner de l'argent.
- S'il n'y a aucune raison professionnelle de vous en vouloir,
peut-être qu'un des marchands ambulants a des griefs personnels
contre vous cinq ?
- Pas à ma connaissance. Je ne leur ai jamais parlé
personnellement, sauf pour leur acheter un truc ou deux, à
l'occasion. Je n'ai jamais rien dit sur eux, ni en mal, ni en
bien.
Elle s'exprimait avec vivacité, avec cette jovialité
légèrement affectée que Salter associait
désormais à un passage dans une école privée.
Derrière eux, la porte s'ouvrit et vint heurter Salter,
qui se poussa pour laisser passer un homme vêtu d'un complet
en lin bleu et d'une chemise d'un bleu plus foncé dont
le col était ouvert. Ses cheveux gris étaient épais
et coiffés avec élégance ; c'était
la chevelure d'un homme distingué. Ses joues étaient
profondément ravinées et son visage était
parsemé de nombreux plis qui évoquaient un vieux
sac usé. Quand il souriait, les rides étaient si
profondes que Salter se demanda comment il pouvait se raser.
Ruth Pearson se leva ; les trois occupants de la pièce
se retrouvèrent tous face à face, à quelques
centimètres les uns des autres.
- Je vous présente David Leese, inspecteur, annonça-t-elle.
David, voici l'inspecteur Salter, qui mène une enquête
sur les lettres de menace.
Les deux hommes se serrèrent la main et manoeuvrèrent
de manière à ce que Leese puisse entrer carrément.
Salter resta debout sur le pas de la porte.
- Vous travaillez ici, monsieur Leese ? s'enquit-il.
- Le samedi seulement, pour donner un coup de main à Ruth.
- C'est un ami, expliqua l'intéressée.
- Et Nystrom ? Est-ce qu'il travaille ici ? À votre
avis, devrais-je l'interroger ?
Ruth acquiesça.
- C'est un ami, lui aussi. Vous pouvez lui parler, bien sûr.
David va aller le remplacer à la caisse.
Mais à ce moment précis, la voix de Nystrom se
fit entendre depuis la boutique.
- Ma petite Ruth ! interpella-t-il sur un ton chantant. Il faut
que j'y aille. J'essaie de vendre ma maison d'Admiral Street.
Je devrais être de retour pour onze heures.
Ruth Pearson regarda Salter pour savoir s'il souhaitait le retenir ;
l'inspecteur lui fit un signe de dénégation.
- Je reviendrai, dit-il. Vendre sa maison est une démarche
importante.
- Oh, ce n'est pas sa maison. Il est agent immobilier. En fait,
oui, la maison est à lui, mais c'est son métier.
Il achète des vieilles maisons, il les rénove puis
les revend.
Ils se dirigèrent vers la porte de la boutique, près
de laquelle Leese se tenait déjà à la caisse.
- Je suis désolée de ne pas pouvoir vous être
plus utile, s'excusa Ruth. Vous devriez essayer Vera, dans la
boutique de mode qui se trouve un peu plus loin sur le même
côté.
Salter regarda le morceau de papier qu'il avait sorti de sa poche.
- Je lui ai déjà parlé, répliqua-t-il.
- Et surtout, elle vous a parlé, à vous, intervint
Nystrom.
Tout le monde éclata de rire.
Les propriétaires du restaurant et de la boutique spécialisée
dans les bagages attendaient la visite de Salter. Ils s'étaient
consultés et souhaitaient que le quartier fasse l'objet
d'une surveillance policière jour et nuit.
- C'est déjà le cas, leur expliqua Salter. Nous
avons fait le nécessaire dès que la deuxième
série de lettres est arrivée.
Le bijoutier avait pris ses dispositions : il avait recruté
son propre agent de sécurité et verrouillé
sa porte. Les clients devaient montrer patte blanche avant d'être
autorisés à entrer.
- Si j'avais su, se plaignit-il, je serais resté à
Detroit.
- Vous savez, vous n'avez pas besoin de vous protéger
autant : nous surveillons les boutiques.
- Ah oui ? Ce n'est pas vous qui avez reçu ces lettres.
Avez-vous trouvé qui les a écrites ? Quand
ce sera fait, je rouvrirai ma porte.
Vera était celle que la deuxième lettre perturbait
le plus, mais elle réagissait différemment. Au
lieu d'être exigeante et agressive comme la première
fois, elle cherchait maintenant à s'attirer les bonnes
grâces de Salter et à se placer sous sa protection.
- À votre avis, qui envoie ces lettres ? demanda-t-elle
immédiatement en agrippant le bras du policier, les yeux
dans les yeux. On dirait une bande de terroristes, vous ne trouvez
pas ? J'ai pensé que je devrais peut-être fermer
pendant quelques semaines. À votre avis ?
- Vous n'êtes pas obligée de fermer, répondit
Salter en se dégageant de son étreinte et en reculant
d'un bon pas. Nous avons posté un agent juste devant votre
boutique.
Mais en réalité, elle ne voulait pas de conseils ;
elle avait juste envie de se parler à elle-même
et de s'apitoyer sur son sort.
- Je vais peut-être rentrer à Londres quelque temps
et rester un peu avec ma soeur.
- Mais non ; ce n'est probablement qu'une technique d'intimidation.
La seule chose que veulent les marchands ambulants, c'est que
vous cessiez de vous plaindre à leur sujet.
- D'accord, mais ils ont quand même envoyé deux
lettres ! On ne sait jamais, n'est-ce pas ? Certains
de ces immigrants sont bien entraînés à poser
des bombes, non ? Je pourrais peut-être avoir une
sorte de grillage. Je ne sais pas. Est-ce que vos hommes savent
installer des protections de ce type ? Je veux dire... au
Canada, on n'a pas vraiment l'expérience de ce genre de
truc, hein ? En tout cas, je ne laisse personne déposer
de colis à la boutique.
- Écoutez, l'interrompit Salter d'une voix forte. Ne paniquez
pas. Nous avons la situation en main. Bon, je vous le redemande
une nouvelle fois : avez-vous une idée de la personne
qui se cache derrière tout ça ? Parmi les
vendeurs de rue, je précise.
- Oh non, non. Comment le saurais-je ? Je parlais comme ça,
sans viser quelqu'un en particulier. Non, vraiment, je suis incapable
de vous dire qui ça pourrait être.
Ouais... et surtout, je ne veux pas être mêlée
à tout ça, compléta mentalement Salter,
qui ajouta :
- Quand vous aurez une idée, faites-le-moi savoir.
Quand il franchit le seuil de la boutique, Vera secouait encore
la tête.
Après cela, Salter observa encore un moment les marchands
ambulants de Bloor Street et retourna au Coffee Mill, où
deux enquêteurs l'attendaient. Ils étaient dans
le quartier depuis le matin, à interroger les marchands
à mesure qu'ils installaient leur éventaire.
- Absolument rien, rien du tout, affirma l'un des enquêteurs.
Ils ne savent rien, ils n'ont rien entendu, et aucun n'a l'air
de mentir. T'es pas d'accord, Sid ?
Son collègue opina du chef.
- Vous pensez que c'est sérieux ? demanda le deuxième
policier à Salter. Les lettres de menace, je veux dire.
Ça arrive de temps en temps : quelqu'un pète
les plombs, mais ça ne va pas plus loin.
- Je sais. Mais la princesse arrive...
- C'est exact, répliqua l'enquêteur avec un air
de solennité feinte. J'ai failli oublier... Bon. Si vous
n'avez plus besoin de nous, notre chef nous attend. Il a du boulot
pour nous.
- Vous pouvez y aller. Merci.
Au moment où les deux enquêteurs se levaient, l'un
des deux désigna du menton leur addition :
- Vous êtes connu, ici ? demanda-t-il à Salter.
Ce dernier ramassa la facture.
- Ouais, fit-il. Mais ce n'est pas une raison pour revenir boire
à ma santé... et à mes frais.
Après leur départ, Salter prit un deuxième
café qu'il dégusta tranquillement jusqu'à
ce qu'il ait décidé quelle serait la prochaine
étape de son enquête, puis il paya la facture, laissant
un généreux pourboire : il pressentait qu'il
reviendrait souvent au Coffee Mill au cours des deux semaines
suivantes.
Il passa le reste de l'après-midi dans le quartier. Les
touristes débarquaient pour la fin de semaine, et il lui
fut facile de se fondre dans la foule pour flâner dans
Bloor Street entre Bellair et Yonge en s'arrêtant pour
regarder l'étalage de chaque marchand ambulant qui bordait
le trottoir. Lorsqu'un agent en uniforme donna une contravention
à l'un des marchands pour entrave à la circulation,
il était suffisamment près pour exprimer sa compassion.
- Ça peut finir par coûter un bras, observa-t-il
en désignant la contravention que le marchand tenait encore
à la main.
- Un par jour, c'est comme un loyer. Mais quatre par jour, c'est
trop pour moi, répondit l'homme.
- Quatre ?
- Certains jours, oui. Quand les policiers sont mal lunés,
répliqua-t-il avant de mettre un terme à la conversation
pour aller s'occuper d'un client.
Salter passa son chemin.
En fin d'après-midi, il avait acquis la certitude que
si les marchands conspiraient, ce n'était pas de cette
façon qu'il le découvrirait ; mais il était
aussi intimement convaincu qu'il était fort peu probable
qu'un complot existât. Il annonça cependant à
Orliff qu'il serait en mesure de lui faire part de ses recommandations
le lundi, avant la réunion de la Cellule de crise, puis
il rentra chez lui pour réfléchir à tout
ça.
***
Quand il stationna son auto dans l'allée, Salter remarqua
la bicyclette de Seth contre le mur de la maison ; il se
demanda comment évoluait la relation de l'adolescent avec
son grand-père. Après qu'il eut ôté
sa veste et qu'il se fut servi une bière, il appela son
père afin de donner au vieil homme l'occasion d'aborder
le sujet, ce qui ne tarda pas : il était très
en colère.
- C'est quoi, cette maudite idée ? vociféra-t-il.
M'envoyer une damnée assistante sociale ! J'ai passé
la moitié de l'après-midi à essayer de m'en
débarrasser. Elle est pratiquement entrée chez
moi de force, ça oui, et après ça, elle
a commencé à fouiner partout jusqu'à ce
que je l'envoie chier. Elle m'a dit que c'était un membre
de ma famille qui lui avait demandé de passer. Et ma famille,
c'est toi : alors c'est quoi, cette idée de merde ?
Il était vraiment rare que le vieil homme jure quand il
était chez lui ; son langage coloré était
donc le signe qu'il était vraiment bouleversé.
- Je ne t'ai pas envoyé d'assistante sociale, papa. Ça
doit être une erreur. Si elle revient, ne la laisse pas
entrer.
- Ne t'inquiète pas pour ça. Je ne me ferai pas
avoir une deuxième fois. Mais comment ça se fait
qu'elle est venue me voir si tu ne l'as pas envoyée ?
Elle connaissait mon nom.
- Sans doute une erreur dans l'ordinateur. La prochaine fois,
laisse-la dehors.
- Je ne suis pas obligé de la laisser entrer, hein ?
- Non. Dis-lui que personne n'a le droit d'entrer chez toi sans
mandat.
- Parfait. Je ne suis pas non plus obligé de lui dire
ce qu'on mange, hein ? Elle a collé son maudit « tableau
nutritionnel » sur la porte du frigo, mais je l'ai
foutu à la poubelle dès qu'elle est partie.
- Tu n'es pas obligé de lui dire quoi que ce soit, OK
?
- Parfait. J'ai quand même été un peu prudent
parce que j'ai pensé qu'elle essayait de savoir, pour
May et moi.
Salter se rendit alors compte qu'à cause de sa relation
intime avec May, son père se sentait vulnérable
quand les autorités venaient mettre leur nez dans ses
affaires. Toute sa vie, il avait considéré comme
immorale une situation telle que celle qu'il vivait actuellement,
et il n'était pas tout à fait sûr qu'elle
ne fût pas illégale, en plus.
- Que vient faire May là-dedans ? demanda Salter à
son père.
- Je n'en sais rien, moi ! Ils pourraient voir que je n'ai qu'une
seule chambre. Tu vois, j'y ai réfléchi :
si je vivais de l'assistance sociale ou quelque chose comme ça,
je serais obligé de les laisser entrer quand ça
les chanterait, mais ce n'est pas le cas. Je veux dire, même
si tu les as envoyés chez moi, je ne suis pas obligé
de les laisser entrer, hein ?
- Non, papa, tu n'es pas obligé.
- C'est parfait, alors. Même si tu me l'as envoyée,
cette bonne femme, je peux toujours lui dire d'aller se faire
voir, c'est bien ça ? Notre vie, à May et
à moi, ça ne regarde personne, pas vrai ?
- Exact. Et je ne t'ai pas envoyé d'assistante sociale.
- Si ce n'est pas toi, c'est quelqu'un d'autre ! répliqua
le père de Salter avant de raccrocher.
Salter alla en bas de l'escalier et appela :
- Seth !
Quand le jeune garçon apparut, il lui demanda :
- As-tu envoyé une assistante sociale chez ton grand-père
?
- Oui. À la bibliothèque, il y a une brochure qui
explique tous les services disponibles pour les aînés,
mais je savais que grand-papa n'en utiliserait aucun si on ne
lui en parlait pas, alors j'ai trouvé un numéro
de téléphone et je leur ai dit qu'il était
vraiment seul.
- Bon. Recommençons depuis le début. D'abord, il
n'est pas tout seul. Il a May.
- Mais elle ne dit jamais rien ! Il doit vraiment se sentir
seul.
- Ce n'est pas le cas. OK ? Ensuite, il n'est pas vieux. Les
autres, oui, mais pas lui. Dans son esprit, on n'est pas vieux
avant quatre-vingt-dix ans, et lui, il n'a que soixante-treize
ou soixante-quatorze ans. Alors tu vois, il se sent insulté
quand on dit de lui que c'est un pauvre vieil homme. Et pour
finir, il n'aime pas les assistantes sociales.
- Pourquoi ?
- Parce que quand il était petit, si une assistante sociale
venait chez quelqu'un, c'était considéré
comme une honte. Tu sais, ton grand-père a de la fierté,
et si une assistante sociale se pointe chez lui, il pense que
c'est parce que les voisins ont raconté qu'il ne se lave
pas. Qui sait ce qui lui passe par la tête ? Alors
tu ferais mieux de le laisser tranquille.
Seth affichait un air buté.
- Je retournerai quand même le voir.
- Excellent. Mais appelle-le d'abord. Il n'est pas habitué
à recevoir tant d'attention et il ne comprend vraiment
pas ce que tu lui veux. Ah oui : surtout, n'essaie pas de
le prendre dans tes bras...
© 2006 Éditions
Alire pour la traduction française
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