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Une mort en Angleterre
(Charlie Salter -3)

de

Eric Wright

 

Traduit de l'anglais par
Isabelle Collombat

 

 

(Extrait de la première partie, La vie sur le Vieux Continent, p. 29-41)


Un coup frappé à la porte fut suivi d'une voix qui annonçait que le dîner serait prêt dans dix minutes. Salter réveilla Annie, puis ils se rendirent à la salle à manger, qui était déjà presque pleine. Un serveur brun, très bel homme, les guida vers une table mise pour deux personnes et demanda :
- Dîner ?
- Pourrions-nous voir le menu ?
- Pas de menu, répondit-il. Dîner ?
À la table voisine, une femme se pencha :
- Faites-leur confiance, fit-elle derrière ses épaisses lunettes.
Son commensal opina du chef.
La soupe, délicieuse, fut suivie de tranches de pattes de veau accompagnées d'un riz jaune légèrement collant.
- Osso buco, annonça Cul-de-bouteille. Jarrets de veau. Et risotto.
Les Salter s'empiffrèrent avec entrain. Pour dessert, ils eurent du sorbet.
- Miam-miam, s'exclama joyeusement Annie.
Une fois encore, ils furent invités à prendre le café dans le salon réservé aux clients de l'hôtel qui, supposaient-ils, allait être aussi comble que la salle à manger, mais seule la dame aux épaisses lunettes et son mari les y suivirent. Le café était un espresso.
- Vous voulez savoir où vous êtes tombés ? demanda leur nouvelle compagne une fois qu'ils furent assis à déguster leur café. Vous êtes à la table qui a le meilleur rapport qualité/prix des Midlands, pour qui aime la cuisine florentine. (Ses loupes lancèrent des éclairs.) Ils servent un menu fixe. Surprise du chef ! Et quelles surprises, Seigneur ! Hier soir, on a eu des spaghetti carbonara avec des rognons de veau au marsala. J'ai cru que mon mari allait s'évanouir, n'est-ce pas, Henry ?
Henry acquiesça.
- C'est vrai, admit-il.
- Et au dessert, un truc au chocolat à damner un saint. J'en étais sur les genoux, hein, Henry ?
- C'est vrai, fit Henry, qui s'apprêtait à poursuivre.
Elle le coupa.
- Au petit déjeuner, on nous sert un caffè latte géant et des petits pains tout chauds, si on veut. Si vous voulez des saucisses et du pain frit, vous devriez quitter l'hôtel dès ce soir, et bon débarras !
Salter se demanda s'il allait passer toutes ses soirées des trois semaines suivantes à être diverti par d'excentriques bavards dans les salons des hôtels. La perspective n'était pas déplaisante.
- Où sont tous les autres ? s'enquit-il, plus pour maintenir Cul-de-bouteille sur sa lancée que par intérêt réel.
À partir du nez et en descendant, c'était une femme séduisante d'environ quarante ans. Elle portait une robe de lainage rouge foncé et des souliers assortis ; elle avait des seins pointus et des jambes minces et musclées. Seules ses lunettes et la difficulté d'établir un contact visuel avec elle rendaient gênants les premiers échanges sociaux.
- Il y a très peu de clients, en ce moment, répondit-elle. Juste nous et une jeune Américaine. Oh, et une dame canadienne, une certaine madame Rundstedt. Enfin : je crois qu'elle est Canadienne. J'essaie de savoir. Tous les autres sont des gens du coin attirés par la bonne table. Ils ne prennent pas de réservation pour le restaurant, alors tous les soirs, il y a une file, dehors, dès sept heures. Premier arrivé, premier servi. Il n'y a qu'un seul service.
- Cela fait longtemps que vous êtes là ? demanda Annie.
- Une semaine. On est arrivés ici par hasard l'année dernière, comme vous, et nous sommes revenus cette année simplement pour manger pendant quelques semaines après un hiver de haute cuisine à Watford, où nous demeurons. Vous n'êtes pas Anglais, je me trompe ?
- Non.
- Américains ?
- Non.
- C'est bien ce que je pensais.
Une pause s'intercala.
- Nous sommes Canadiens.
- Ah. Voilà qui clôt le sujet, alors. Mais laissez-moi vous parler de cet établissement. Il est tenu par un homme sur lequel j'ai des doutes, hein, Henry ? Il a un accent vraiment curieux, qu'il croit distingué. Mais, en réalité, c'est le genre d'accent qu'affectionnent les commissaires des navires de croisière et les maîtres de cérémonie des camps de vacances : très affecté. Cependant, je ne suis pas sûre de ce qu'il affecte. Il est peut-être Australien. Sa femme, que vous connaissez déjà ­ j'étais ici, au salon, lorsque vous êtes arrivés ­, est Italienne. Son frère ne parle pas un mot d'anglais. C'est lui qui assurait le service, ce soir.
Personne ne dit mot pendant quelques instants. Puis :
- C'est tout ce que vous avez pu découvrir ? demanda Salter.
- Votre mari est ironique, répondit-elle à Annie. Mais ça m'est égal : je suis très curieuse, et c'est mon principal plaisir dans la vie. N'est-ce pas, Henry ?
- Quels sont vos autres plaisirs ? s'informa Annie. Au fait, peut-être aimeriez-vous savoir qui nous sommes ?
Elle se présenta donc, ainsi que Charlie, à l'autre couple.
- Je m'appelle Maud Beresford, reprit aussitôt après la femme. Et voici mon mari, Henry. Henry est médecin, hein, Henry ? Mais il passe son temps à jouer avec des rats dans un laboratoire.
- Je suis psychologue, expliqua Henry.
- Il est en train de vous évaluer, en ce moment même, signala Maud. Mais il ne dit jamais ce qu'il sait. Pas comme moi.
Henry alluma une pipe. Il portait des vêtements de survie : un pantalon de tissu épais, une veste de tweed sur un chandail épais, une chemise kaki, une cravate de laine à motif cachemire et des souliers à lacets de cuir et à semelles doubles.
- Je suis en vacances, ma chère, objecta-t-il en envoyant promener d'une chiquenaude les flammèches qui tombaient sur son pantalon. Et d'ailleurs, je m'intéresse aux comportements typiques. Je ne suis pas psychiatre.
- Et vous, que faites-vous ? demanda Maud à Salter, en interrompant Henry.
- Je suis superviseur de l'entretien à la Commission des transports de Toronto, répondit-il. La compagnie des bus, expliqua-t-il.
- Je n'en crois pas un mot. Et vous, Annie ?
- Moi ? Je suis femme au foyer.
Maud les regarda à tour de rôle.
- À mon avis, vous êtes deux amants clandestins en cavale, affirma-t-elle. Ne vous en faites pas : si vous restez encore deux jours, je finirai par tout savoir sur vous. Allez, viens, Henry. Allons nous coucher. Ce fut une journée bien monotone, exception faite de l'osso buco et des mystérieux Salter. On se revoit au petit déjeuner.
Henry leur adressa un clin d'oeil et la suivit.
- Qu'en penses-tu ? s'enquit Salter une fois que la porte fut refermée. Est-ce qu'on doit quitter l'hôtel tout de suite ou est-ce qu'on attend demain matin ?
- Pourquoi, Charlie ? Je les trouve amusants, pas toi ?
- Oh, oui, bien sûr. Mais il lui faudra à peine cinq minutes pour me démasquer. Et après, elle va le raconter à tout le monde.
- Tu ferais mieux de t'entraîner pour que ton histoire soit crédible, tu ne crois pas ? Pour une fois, c'est à toi d'être de l'autre côté de la barrière. (Elle rit.) Je me sens toute gaie ; c'est le moment d'aller au lit...
Un dernier petit verre semblait s'imposer pour couronner la journée ; ils le prirent en se déshabillant. Leur conversation avec Maud avait laissé Salter dans une humeur absurde et lorsqu'il finit son verre, il enleva ses vêtements et se pencha vers Annie, qui était déjà sous les couvertures.
- Nancy, tonna-t-il avec ce qu'il imaginait être la voix de son personnage de fiction préféré, Bill Sikes, joué par Robert Newton, Nancy, je veux ton corps.
- Chut, lui intima Annie.
Salter, surpris, s'arrêta net. Annie désigna la fenêtre dont les rideaux étaient tirés et mit un doigt sur ses lèvres.
- Nancy, tonitrua-t-il derechef. Je suis venu pour toi !
Il s'interrompit de nouveau quand il entendit quelqu'un glousser dehors. On les espionnait. Il se remit à déclamer mais, cette fois, il s'avança vers la fenêtre tout en parlant.
- Tu m'as évité toute la journée, Nancy, bramait-il, et je suis venu réclamer mon dû, vois-tu. Tu sais ce que j'aime avant d'aller faire un p'tit cambriolage, alors laisse-moi te posséder.
D'un bond, il atteignit la fenêtre ; il tira brusquement le rideau, juste à temps pour voir une ombre disparaître au coin de la maison.
- Seigneur, lâcha-t-il. Un vrai voyeur. Je ferais mieux d'avertir le patron. Demain.
Il referma les rideaux et alla vérifier que la porte était verrouillée. Il revint se coucher dans la peau de son vrai personnage.
- Tu penses que c'était Maud Beresford ? demanda-t-il en attirant Annie à lui.

***

Le lendemain matin, il s'avéra que Maud avait légèrement exagéré : il y avait bien du caffè latte au petit déjeuner, mais on leur proposa aussi des oeufs et du bacon, et Salter commanda un peu de tout. Les Beresford se joignirent à eux à une table pour quatre et Maud reprit son enquête.
- Est-ce que les superviseurs de l'entretien de la compagnie des bus ont droit à quatre semaines de vacances chaque année ? s'informa-t-elle après avoir préparé le terrain au moyen de quelques questions préliminaires.
- On peut les accumuler, expliqua Salter. On peut ajouter nos heures supplémentaires à nos congés annuels réglementaires.
Les yeux de Maud parcoururent Annie, évaluant ses chaussures et ses bijoux.
- Hum, fit-elle. Quels sont vos projets pour aujourd'hui ? Vous ne partez pas tout de suite, j'espère ?
Annie et Charlie avaient abordé le sujet le matin même dans leur chambre. Cela faisait presque une semaine qu'ils étaient coincés dans leur voiture sous la pluie, et Annie avait envie de se poser un peu. Le ciel était toujours couleur ardoise, mais il ne pleuvait pas pour le moment. Elle avait donc proposé qu'ils profitent de leur chance et restent quelques jours à Boomewood pour explorer la campagne environnante pendant la journée. Salter avait accepté. Maintenant qu'ils étaient en Angleterre, Annie, qui avait fait ses devoirs, avait une foule de jardins, maisons et châteaux à voir. Mais Salter ne savait pas ce qui le tentait, lui. Ou, plutôt, il ne le savait que trop bien : il voulait ne rien faire, écumer les pubs et se laisser vivre, bavarder avec les gens du coin pendant qu'Annie ferait ses visites. Pour résumer, il voulait errer dans Soho pendant qu'Annie visitait la Royal Academy. Tant qu'il pleuvait, il n'y avait pas de conflit, mais Annie ressortait maintenant ses guides touristiques. Dès qu'ils prendraient possession de leur nouvelle voiture, elle aurait des projets.
- Si la chambre est libre, je pense que nous pourrions rester ici quelque temps, dit Annie.
- Bien, fit Maud. Quels sont vos projets pour aujourd'hui ?
Ils lui expliquèrent leur problème de voiture, et Annie mentionna son désir de voir certains célèbres jardins des environs.
- Mais permettez-nous donc de vous emmener avec nous ! s'écria Maud. Laissez-le s'occuper de la voiture. (Elle montrait Salter du doigt.) Nous voulons voir les jardins, nous aussi, mais nous avons besoin d'un guide, n'est-ce pas, Henry ? Vous vous y connaissez en fleurs ? Je ne connais que les jonquilles et les géraniums, mais j'adore le parfum des fleurs. Henry aussi. Allons-y tous les trois et laissons donc le superviseur de la maintenance marchander avec le garagiste.
Salter et Annie échangèrent deux ou trois coups d'oeil et, tacitement, convinrent que cela paraissait un bon plan et que Maud, au moins, était d'une compagnie distrayante en dépit de ­ ou grâce à ­ sa curiosité compulsive ; ils donnèrent donc leur accord. Il était prévu que les Beresford déposent Salter et qu'ils partent ensuite avec Annie voir les jardins. Ils devaient rentrer à Boomewood dans l'après-midi ; dans l'intervalle, Salter était libre de faire ce qui lui chantait, y compris les suivre si l'auto de rechange était arrivée. C'était parfait. Tokesbury Mallett semblait se prêter tout juste à une petite tournée pédestre de quelques heures ; un déjeuner au pub par-dessus ça ferait tout à fait son affaire.
Ils furent interrompus par l'arrivée du serveur, un jeune homme blond d'environ dix-sept ans.
- Ah ! s'écria Maud. Voici notre Lèche-botte...
- Et voilà, messieurs dames. Je suis vraiment désolé de vous avoir fait attendre. Oeufs et bacon pour vous, monsieur. Attention à l'assiette, elle est très chaude. Caffè latte pour tout le monde. N'en renversez pas sur votre joli ensemble, m'dame. Et des petits pains, tout frais, tout chauds ! Du beurre ? Oh, je suis désolé ; je reviens tout de suite. Voilà, je vais vous donner le beurre de la table voisine. Autre chose, messieurs dames ? Marmelade ? Confiture ? Ketchup, monsieur ? Je sais que vous autres, Américains, vous en mettez sur quasiment tout. Un peu de sauce Worcestershire, monsieur ? Non ? Je vais vous laisser, alors. N'hésitez pas à m'appeler, je suis juste à la cuisine.
Un vrai morceau d'anthologie : du Uriah Heep joué à contre-emploi par Michael York. Prononcés avec l'accent du coin, les propos mielleux de ce joli jeune homme étaient gluants comme de la mélasse.
- Qui est-ce ? demanda par réflexe Annie à Maud.
- C'est Gregory, répondit Maud. Gregory est un apprenti électricien qui vit dans une chambre au-dessus du garage et qui paie sa pension en faisant de petits boulots, notamment le service en salle, quand les travaux d'électricité se font rares. Notre hôtesse l'a pris en pitié quand sa mère est partie sans laisser d'adresse il y a un an, probablement pour se débarrasser de lui, d'ailleurs. Seule une étrangère ne se rendrait pas compte que, de nos jours, de telles manières doucereuses ne sont pas normales chez un jeune Anglais.
- C'est peut-être un Tweedledee déguisé en Tweedledum, observa Annie.
- Un quoi ?
Annie expliqua sa remarque.
- C'est une bien jolie théorie. Et assez vraie, d'ailleurs, n'est-ce pas, Henry ?
Henry, qui essayait de lire clandestinement le journal, leva les yeux.
- Je te l'ai dit, ma chère : Gregory est probablement un cas extrême de « manque de confiance en soi chez le connard », rétorqua-t-il.
- De quoi ? firent en choeur Annie et Salter.
Pour la première fois, Maud eut l'air décontenancée.
- Henry se retranche parfois derrière son jargon de psychologue, protesta-t-elle. Ah ! regardez ! Notre amie américaine...
La jeune fille qui s'asseyait à une table individuelle aurait eu l'air à sa place dans n'importe quel campus américain du dernier quart de siècle : chandail à col roulé noir, kilt, collant de laine noir et mocassins bon marché. Presque la même mise vestimentaire que la première fille à laquelle Salter avait conté fleurette lors de son bref passage au collège. Ils la regardèrent déjouer les tentatives que faisait Gregory pour lui arracher un sourire pendant qu'il prenait sa commande.
- Elle est amoureuse de Mario, affirma Maud. Le serveur d'hier soir. À mon avis, il a toutes les filles qu'il veut. Et voilà qu'arrive votre compatriote, madame Rundstedt.
Une femme dans la quarantaine pénétra dans la salle à manger avec la démarche délicate d'une jeune fille. Elle avait un visage minuscule surmonté de cheveux roux crépus qui remontaient de chaque côté à un angle de quarante-cinq degrés, dans le style égyptien. Elle était pourvue d'une énorme poitrine qui reposait sur ses bras tandis qu'elle parlait à Gregory.
- Un peu mystérieuse, comme vous, commenta Maud. En vacances, apparemment, mais je l'ai vue en ville ; elle avait l'air de très bien s'entendre avec de mystérieux inconnus, dans les pubs.
- Mais pas avec toi, ma chère, riposta Henry.
- Non, reconnut Maud. Je dirais même qu'elle m'évite.
- Bon, ça y est ? lança Salter. On peut y aller ?
Pendant que chacun allait chercher imperméables et appareils photo, Salter se mit à la recherche de leur hôte. Il le trouva dans un petit bureau sombre au bout du couloir du rez-de-chaussée ; c'était un homme qui approchait des soixante ans, portant une grande barbe grise et des lunettes à monture d'écaille. Il était vêtu d'une chemise à grosses rayures ornée d'une cravate club, sous un gilet de laine.
- Tout est à votre satisfaction, monsieur ? s'informa-t-il après que Salter se fut présenté.
- Tout est parfait, répondit Salter, qui expliqua alors le motif de sa visite.
- Un voyeur, hein ? Personne ne s'en est jamais plaint. Ne pourrait-il pas s'agir d'une méprise, monsieur ?
- Non, répliqua Salter qui prit note mentalement du mensonge de son interlocuteur.
Était-ce un réflexe pour défendre la vertu de son établissement ?
- Nous resterons vigilants, dans ce cas, répondit le patron, qui attendait que Salter s'en aille.
- Aimeriez-vous que je mentionne cet incident à la police de Tokesbury ? proposa Salter. Je vais rendre visite à l'inspecteur ce matin.
- Non, non. Ce n'est pas nécessaire. Je m'en occupe. Vous avez une relation professionnelle avec la police, monsieur ?
- Non, pas du tout, rétorqua Salter, surpris par le caractère direct de la question.
Il raconta son accident.
- Oui, bien sûr. Maria me l'a dit. Pas de chance. Ne vous inquiétez pas. Vous êtes assuré, bien sûr ?
Salter hocha la tête.
- Bien, fit l'homme, qui retourna à son bureau.
Salter était légèrement intrigué par son hôte, qui semblait préférer cette caverne tapie au fond du hall aux salles publiques de l'hôtel. Il avait été poli avec Salter, mais peu expansif. Le coin n'était pas suffisamment animé pour qu'il fût possible de faire fortune avec un bar. Mais quand on est marié à une séduisante Italienne de vingt ans sa cadette, on peut s'en remettre à elle pour satisfaire la clientèle, songea Salter. Surtout si elle est aussi fine cuisinière...

© 2005 Éditions Alire pour la traduction française


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