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Les Années d'éclosion (1970-1978)

 

La préparation de cet ouvrage a nécessité plusieurs années de travail de recherche et d’analyse. Après 17 tomes de L’Année de la science-fiction et du fantastique québécois consacrés à la période 1984-2000, après un tome dédié à la décennie 1960 (La Décennie charnière), il fallait prendre la mesure de cette période intermédiaire (1970-1983). Ayant envisagé la publication de trois ou quatre tomes pour couvrir la production de ces 14 années, il nous est apparu finalement que la seule date historique valable pour aborder cette période était 1979. Il y a en effet un avant-1979 et un après-1979.
Premier congrès Boréal, naissance de deux revues spécialisées, imagine… et Pour ta belle gueule d’ahuri, métamorphose de Requiem en Solaris, l’année 1979 reflète l’effervescence qui agite le petit milieu de la science-fiction et du fantastique au Québec, une effervescence annonciatrice de la formidable explosion de ces deux genres au cours de la décennie suivante.
Une fois la décision prise de concentrer en deux volumes les recensions de la production, il a fallu trouver un titre pour chacun en ayant à l’esprit un diptyque : Les Années d’éclosion (1970-1978), Les Années de maturation (1979-1983). La pandémie de coronavirus n’avait pas encore frappé la planète à ce moment-là. Le mot « éclosion » prend aujourd’hui une autre connotation, il évoque la peur et l’anxiété provoquées par un phénomène menaçant, de même que le confinement nécessaire afin d’éviter la propagation incontrôlable du virus.
Cependant, le mot éclosion peut aussi avoir un sens positif : l’éclosion d’une fleur, par exemple. L’éclosion des littératures de l’imaginaire dans les lettres québécoises revêt assurément une signification positive et constitue l’aboutissement heureux de plusieurs années de gestation. Ainsi, pour la période 1970-1978, par rapport à la décennie 1960, il faut multiplier par trois les chiffres de la production, tant pour les romans que pour les recueils et les nouvelles.
On dénombre en effet 56 romans, soit 44 qui relèvent de la science-fiction et 12 du fantastique. Une grande majorité de ces romans proviennent de la littérature jeunesse, notamment des Éditions de l’Actuelle et de la collection Jeunesse-pop des Éditions Paulines. Les nouvelles inédites, au nombre de 401, se répartissent ainsi : 271 textes fantastiques, 127 nouvelles de science-fiction et trois nouvelles de fantasy. Fait étonnant, on note un nombre impressionnant de contes brefs ou de microrécits, un genre très difficile à maîtriser pour un auteur débutant. Et comme on peut le penser, il y en a beaucoup de ces auteurs qui publient au cours de cette période pour la première fois… et la dernière. L’abondance de textes brefs dans les premières années du fanzine Requiem explique en bonne partie le phénomène, mais il y a aussi des auteurs tels qu’André Berthiaume, Marie José Thériault et Azade Harvey qui ont pratiqué ce genre. Le nombre de microrécits représente environ 23 % de la production nouvellistique.
Si la science-fiction est si populaire auprès des jeunes dans le corpus étudié, c’est probablement en raison de la mission Apollo 11 qui a vu un premier homme poser le pied sur la Lune le 21 juillet 1969. Les récits de space opera et d’extraterrestres dominent la production jeunesse de cette époque avide de découvertes et remplie d’espoir et d’idéaux.
C’est au cours de cette même période que se manifestent de jeunes plumes qui vont marquer durablement l’un ou l’autre des deux genres : Daniel Sernine, Esther Rochon, Élisabeth Vonarburg, Jean-Pierre April et Michel Bélil. Toutefois, à l’exception d’Esther Rochon (En hommage aux araignées, 1974), d’Alain Bergeron (Un été de Jessica, 1978) et de Michel Bélil (Le Mangeur de livres, 1978), les livres les plus importants sont le fruit d’auteurs qui ne font pas partie du milieu de la SF et du fantastique. Les Enfants du sabbat, roman fantastique d’Anne Hébert, Le Métamorfaux, recueil de nouvelles de Jacques Brossard, Les Princes de Jacques Benoit et L’Euguélionne, manifeste féministe de science-fiction de Louky Bersianik, constituent des œuvres marquantes et reflètent la variété des possibilités offertes par les littératures de l’imaginaire. En outre, certains titres comme Philédor Beausoleil de Pierre Chatillon, dont le verbe hyperbolique et poétique annonce les conteries déjantées de Fred Pellerin, et Le Diable du Mahani de Jean-François Somcynzsky méritent d’être redécouverts.
En ce qui concerne les nouvelles, ce sont les recueils, au nombre de 23, qui constituent la principale source de cette forme d’écriture ; ils contiennent en effet près de 55 % des textes. Les publications non spécialisées ne sont en reste puisqu’elles fournissent plus de 20 % de la production. Mentionnons le magazine Châtelaine qui poursuit sa politique éditoriale de la décennie précédente en publiant des nouvelles à teneur sociologique et féministe, la revue Écrits du Canada français qui ouvre ses pages à des écrivains provenant surtout du courant mainstream et la Nouvelle Barre du jour, cénacle de propositions d’écriture expérimentale traversées à l’occasion de motifs SF ou fantastiques dont Louis-Philippe Hébert est le principal représentant. La science-fiction de l’époque, en particulier, n’est pas imperméable au mouvement contre-culturel comme le laissent entrevoir les œuvres d’Emmanuel Cocke et de Roger Des Roches.

Enfin, la statistique qui souligne l’énorme différence entre les années 1970 et 2020, ce n’est pas tant l’abondance de la production annuelle que la répartition des textes selon le sexe. De 16 %, soit 27 femmes (Linda Dubreuil n’est pas incluse dans ce chiffre puisqu’il s’agit probablement du pseudonyme d’un homme), la présence des femmes dans la répartition homme/femme grimpe à 59 % en 2020. Voilà une autre retombée de l’éclosion des années 1970 dont il y a tout lieu de se réjouir.

Claude Janelle

ASFFQ60-69

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